L’écologie intérieure de l’identité
Podcast paru sur le site Coaches Rising (épisode 296) diffusé
le 8 Juillet 2026, sous le titre : The Inner Ecology of Identity
avec Sophia Mose, animé par Joel Monk.
Audio transcrit et traduit par Nathalie Vandebeulque & Jean-Rémi Deléage
Dans cet entretien avec notre invitée Sophia Mose, nous explorons le pouvoir transformateur du Système Familial Intérieur (IFS), en décortiquant la relation entre le Self, les parties, les fardeaux et les dynamiques intérieures qui nous façonnent. Ensemble, nous examinons l’importance de mener notre propre travail intérieur, de cultiver le leadership du Self et d’apporter davantage de curiosité, de présence et de compassion dans nos relations avec nous-mêmes et avec nos clients.
Introduction
Joël Monk : Aujourd’hui, je reçois Sophia Mose, coach certifiée, praticienne formée à l’IFS niveau 3, et co-conceptrice de la formation « IFS Foundations for Coaches » à l’IFS Institute. J’ai vraiment apprécié ces derniers mois nos discussions ces derniers mois sur les subtilités du travail avec les parties (Parts Work) avec Sophia. Nous allons donc aborder aujourd’hui tous les aspects de ce travail, et plus particulièrement son application dans votre pratique de coaching. Et surtout, si vous le faites déjà, nous allons approfondir certains de ses aspects les plus subtils.
Comment Sophia conçoit-elle le Self ? Comment pouvons-nous envisager le leadership du Self (avec un S majuscule), qui est un concept clé de l’IFS ? Nous aborderons la question de savoir si les coachs peuvent travailler avec les parties exilées. Nous parlerons longuement de l’identification des parties subtiles — chez les coachs comme en nous-mêmes – qui peuvent se manifester lorsque nous travaillons avec des clients. Et nous évoquerons certains des principaux enseignements que Sophia a tirés de la formation des coachs à l’utilisation du travail avec les parties en coaching.
Alors, c’est parti.
Joël Monk : Sophia, je suis ravie d’enregistrer cet épisode avec vous et d’avoir cette conversation. Nous avons déjà eu plusieurs discussions sur le Système Familial Intérieur et le coaching. Et elles ont toujours été très enrichissantes. Nous avons donc décidé d’enregistrer un podcast pour explorer ce sujet aujourd’hui. Mais tout d’abord, comment allez-vous ?
Sophia Mose : Oui, je vais très bien. Je suis tout simplement ravie de refaire cela avec vous. Cette fois-ci, c’est enregistré, mais pour moi, c’est tout simplement vraiment agréable de dialoguer avec vous sur ce sujet qui me passionne tant, comme vous le savez. Alors oui, merci de m’avoir invitée.
Application de l’IFS en coaching
JM : Oui, c’est un réel plaisir. Et vous savez, cette question m’est venue spontanément à l’esprit alors que je me préparais pour notre conversation d’aujourd’hui. Voyons voir où cela vous mènera, mais nous avons déjà parlé du Système Familial Intérieur (IFS) dans ce podcast. Je pense que beaucoup de gens en ce moment sont bouleversés par ce qui se passe dans le monde. Dick Schwartz est à l’origine de ce type de travail sur les parties. Cette approche connaît un véritable essor, et pour cause : elle est très efficace et puissante. Je ne vais donc pas commencer par une introduction du type « qu’est-ce que le Système Familial Intérieur », mais ce que j’aimerais aborder aujourd’hui avec vous, c’est son application dans le coaching. Une question m’est donc venue à l’esprit : quel est le secret, l’essence ou le véritable secret pour être un praticien efficace du travail avec les parties dans le coaching ?
SM : C’est une grande question. Eh bien, selon moi, ce qui importe le plus, c’est le système intérieur du coach lui-même. Souvent, dans les modèles et les cadres théoriques, on met une importance considérable accordée à ce sur quoi vous aidez le client. Et puis, bien sûr, il y a les compétences et la manière dont vous procédez. Il existe une abondance de littérature et d’idées sur la présence, qui est tellement essentielle. Et pour moi, ce qui est incroyablement merveilleux avec l’IFS, — et bien sûr c’est très subtil, ce n’est pas chose facile—, c’est que si vous travaillez avec votre propre système, et que vous comprenez qu’il s’agit d’une pratique, vous saisissez cette subtilité qui consiste à percevoir ce qui se passe en vous tout en percevant ce qui se passe chez le client, ainsi que l’interaction entre, d’une part, votre présence et l’étendue de votre énergie de Self avec le client, et, d’autre part, vos parties chargées de fardeaux et celles du client. C’est là que réside toute la richesse. Et il ne s’agit pas de devoir toujours être ce coach « guidé par le Self », car cela revient déjà à ne plus être soi-même : vous voyez, dire que vous devriez toujours être guidé par le Self, c’est introduire un « devoir » et c’est comme si un manager vous obligeait à l’être, donc à ce moment-là je m’égare déjà sur une voie parallèle. Mais en bref, le fait de travailler sur votre propre leadership de Self signifiera automatiquement que vous êtes présent pour le client, que vous l’écoutez activement, et le reste suivra. C’est donc pour moi l’aspect le plus important de l’IFS dans le coaching. Imaginons que le client ne sache même pas ce que vous faites. Il n’a jamais entendu parler des parties de l’IFS, mais vous êtes pleinement conscient de tout ce qui se passe dans votre système et dans celui du client. Ce ne sont que des hypothèses, mais le simple fait de détecter et être à l’écoute de ce qui est déjà présent peut entraîner un changement considérable. C’est ce que l’on constate lors des formations et de la supervision, et cela revient toujours à votre propre système.
Comprendre le concept de « Self » et ce qu’il n’est pas
JM : J’apprécie beaucoup que vous ayez évoqué le fait que nous pouvons avoir, vous savez, des parties « manager » qui ressemblent au Self. Pourriez-vous simplement expliquer ce qu’est le Self pour les personnes qui nous écoutent ?
SM : Oui. Oui. Ce sont de grandes questions ! Pour moi, le Self n’est pas une chose unique et identique pour tout le monde, pour commencer. Je pense donc qu’il est très difficile d’essayer de définir ce qu’est le Self. Mais je pense que ce que Dick a fait, ainsi que les personnes qui ont développé le modèle avec lui, c’est de trouver un moyen simple de le vérifier. On peut donc, en inversant la perspective, dire ce que le Self n’est pas. Donc, tout ce qu’il n’est pas… Non, commençons par ce qu’il est.
C’est un état ou une essence, un état d’être qui, lorsque vous vous y trouvez, signifie que votre système a accès à cette énergie, à cette source. Et ce que nous remarquons alors en nous-mêmes, et ce que les autres peuvent remarquer chez nous, ce sont ces huit mots commençant par la lettre C dont on entend souvent parler. Huit mots commençant par « C », pour faciliter la référence, cela ne signifie pas que ce sont les seuls. Et surtout pour le praticien, il y a aussi les cinq « P ». Dans les cinq « P » il y a la présence, ce qui, encore une fois, peut sembler un peu vague : « Qu’est-ce que c’est ? ». Mais bon, les autres sont peut-être plus faciles à cerner. La véritable Patience. La Perspective, c’est-à-dire la capacité à prendre du recul pour avoir une vue d’ensemble, la Persévérance et l’esprit ludique (Playfullness), afin d’accéder à cette présence créative… L’esprit ludique est différent de l’humour. Ce n’est pas qu’il faille faire une blague ou prouver quelque chose, mais vous pouvez faire preuve d’une grande créativité avec vos clients. Vous faites preuve de patience, une patience bienveillante et authentique, pas forcée. Je suis assise avec les clients, je dois attendre qu’ils aient fini de parler, j’ai envie de les interrompre et je me retiens, mais la véritable présence sereine de ce moment-là disparaît.
Donc, les 8 « C » sont… vous avez également reçu Dick dans l’émission, vous avez reçu David Kitchings ; les gens les connaissent probablement, mais juste pour rappeler rapidement aux auditeurs : Clarté, Curiosité, Compassion, Créativité, Calme, Connexion, Courage et Confiance. Bien sûr, toutes ces qualités ne peuvent pas être présentes en même temps, mais dans un entretien de coaching — et c’est bien sûr le travail que nous faisons lorsque nous appliquons le modèle IFS —, la curiosité est d’une importance capitale. Mais si nous nous contentons de rester un coach sans aborder le véritable travail intérieur avec un client, la véritable curiosité et la véritable compassion créent un espace si accueillant que le client est alors capable d’aller chercher cela à l’intérieur de lui-même.
Donc le Self n’est pas une partie ; le Self ne « fait » pas. Nous faisons donc le coaching avec les parties. Et c’est souvent une idée fausse de croire que c’est le Self qui effectue le coaching. Mais le Self est la source à partir de laquelle nous coachons avec les parties. Prenons mon exemple : je vous parle en ce moment en anglais. Ma langue maternelle est le néerlandais. Je parle français toute la journée parce que je vis en France. Enfin, pas toute la journée. Je veux dire que je parle français régulièrement. C’est donc ma partie « linguistique » qui s’en charge. Je dis parfois que je ne pense pas que le Self parle français, néerlandais, anglais ou toute autre langue. C’est une partie qui a dû apprendre cela. Nous avons donc de nombreuses parties qui agissent à notre place. Nous sommes dans un corps humain sur cette planète et nous devons accomplir des tâches. Mais si ces parties ont accès à cette source — ce qui est une expérience différente pour chacun ; cela peut être très spirituel, ou bien avoir un aspect tout à fait pratique chez certaines personnes, mais il existe cette source de savoir : si nos parties ont accès à cette essence compatissante et aimante, alors elles peuvent fonctionner au mieux de leurs capacités. Vous avez donc pleinement accès à votre créativité. C’est ma façon de voir les choses. Qui trouve ces questions de coaching vraiment géniales ? Quelqu’un pose une question, et on se dit : « Waouh, je veux noter ça. C’était incroyable. » Et on sent que cela vient de quelque part au plus profond de soi. Ça ne vient pas d’une liste accrochée au mur qu’on consulte rapidement pour en tirer une phrase apprise par cœur.
C’est donc une combinaison de parties qui possèdent ce savoir si la personne a suivi cette formation en coaching. Car quelqu’un qui n’a jamais suivi de formation en coaching, même s’il participe à une conversation, peut poser des questions profondes, mais celles-ci ne sont pas aussi affinées que celles de quelqu’un qui a suivi cette formation et qui a des années d’expérience en coaching. Nos différentes parties apprennent donc, font preuve de créativité et posent ces questions. Le Self est là en tant que ressource. Voilà un peu comment je vois les choses. Il y a bien plus à dire à ce sujet. Mais c’est ça, et je suis curieuse, vraiment curieuse de savoir comment vous percevez le Self, car vous discutez avec tant de personnes et il existe tant de versions différentes de la « présence source » dont les gens parlent. Je suis vraiment curieuse de savoir comment vous voyez cela.
JM : Eh bien, cela nous amène à la discussion sur : « Que sont les parties ? » « Qui sommes-nous ? » « Qu’est-ce que le Self ? » Vous commencez à articuler cela. Et d’une certaine manière, c’est là que nous entrons dans… Je ne veux pas trop philosopher là-dessus, car je pense que vous avez beaucoup de choses vraiment percutantes à dire sur ce que vous avez évoqué tout à l’heure, à propos du fait que les managers puissent intervenir et se faire passer pour le Self. Et je trouve cela vraiment fort.
Mais pour en revenir à votre question, j’adore cette réflexion parce que je la prends à la légère, et pourtant c’est quelque chose qui compte beaucoup pour moi. Bien sûr, j’ai été fortement influencé par Steve March et Hamid, et A. H. Almas qui a créé l’approche Diamant. Et quand on étudie de nombreux modèles de développement ou modèles spirituels, on constate que les gens parlent d’un passage de l’état où l’on est divisé en parties ou identifié à ces parties, avec une perspective plus étroite. Mais qu’ensuite, on peut évoluer vers un état de présence. Hamid parle des qualités de présence. Et je pense que pour moi, celles-ci sont différentes des « parties » ; mais je pense que, lorsque je suis dans cet état, il peut y avoir un sentiment de présence, un sentiment de force, d’amour, de compassion, toutes ces vertus. Et elles recèlent une certaine intelligence ainsi qu’un sentiment profond de plénitude. Et je pense que c’est souvent de là que provient mon meilleur coaching.
Mais au final, je pense que peu importe que l’on dise qu’il s’agit davantage, disons, des aspects des parties les plus déchargés de leurs fardeaux, ou qu’elles soient présentes. Peut-être que cela revient simplement à ce qui est très pratique et applicable, mais je suis d’avis que je ne suis pas toujours divisé en parties. Et que c’est peut-être différent de la façon dont Dick pourrait le voir ou dont vous le voyez. J’ai également reçu d’autres invités dans le podcast qui ont dit cela, et j’ai même envie de dire, quand on parle du Self, ce que je trouve vraiment judicieux, j’adore quand vous dites que c’est en fait difficile de vraiment définir ce que c’est, parce que ce n’est peut-être pas une chose en soi. On ne peut pas, mais en même temps, on sait quand c’est là. C’est très concret, car on peut le ressentir.
Donc j’ai l’impression que parfois peut-être, ce genre d’intelligence, cette intelligence qui guide le coaching, c’est le Self. C’est une perception de l’intelligence de la vie, et c’est de là que viennent les questions. Mais encore une fois, c’est là qu’on entre dans une sorte de réflexion peut-être plus philosophique, et on pourrait passer beaucoup de temps à essayer d’en débattre, mais je pense que le véritable intérêt réside dans l’aspect pratique.
L’équipe intérieure, les parties et leurs stratégies
SM : Oui. une petite remarque à ce sujet cependant, car je pense que c’est la même chose. Donc, bien sûr, une fois que vous êtes dans un modèle, il est important de rester cohérent avec celui-ci, car si vous commencez à mélanger les idées, c’est là que ça déraille, car tant que cela fonctionne de manière cohérente, ce qui se passe en nous est ce qui se produit. Nous ne créons pas cela. Mais pour le saisir et l’enseigner aux autres, c’est bien sûr là que cela devient important de rester cohérent. Sinon, les gens s’y perdent. Je ne dis donc pas que vous incarnez des « parties » lorsque vous coachez, car c’est justement ce qui prête à confusion. Parce que vous n’êtes pas là-dedans. Dès l’instant où vous incarnez une partie, celle-ci s’amalgame avec vous et prend le dessus, car il n’y en a alors plus qu’une.
C’est donc plutôt une équipe intérieure. L’harmonie en vous entre toutes ces connaissances acquises sur cette planète s’unit à cette intuition, et c’est ainsi que l’on est guidé depuis cette source, depuis cette connaissance et depuis le « Self supérieur » qui existe là-haut, quel qu’il soit, mais que nous reconnaissons tous lorsque nous le ressentons. Ces questions viennent donc du plus profond de vous-même. Mais c’est toujours une partie de vous qui utilise ce langage, qui s’exprime donc, gardez cela à l’esprit : ce que nous devons faire, dire ou lui dire, c’est une partie, c’est ma partie « langage ». Parce que je sais, par exemple, que dans d’autres modèles, on dira : « Oh, mais en IFS… euh, oui, mais c’est une partie. » Non, les gens confondent alors la partie avec un fardeau ou une stratégie. Si vous dites : « Oh, c’est votre partie perfectionniste ». Non, il n’y a pas de partie « perfectionniste » qui serait un petit être à part entière. Il y a une partie de vous qui a adopté une stratégie perfectionniste pour empêcher une autre partie de vous d’être déclenchée par des sentiments du type « je ne suis pas assez bon » ou « je ne suis pas assez ceci ».
Les parties endossent donc ces rôles. Par exemple, une partie qui possède une force utilise cette force. Ainsi, votre force de discernement, votre… conscience, votre capacité à apprécier la beauté — ces aspects essentiels de vous-même — peuvent endosser le fardeau de cette exigence de perfection. Et lorsque ce fardeau est libéré — ce que l’on peut également appeler une croyance limitante en PNL, ou tout autre terme que vous souhaitez employer, mais pour rester dans le cadre de l’IFS —, lorsque ce fardeau est libéré, cette partie peut retrouver son état d’origine et redevenir tout simplement merveilleuse. Elle n’a plus besoin d’activer votre système nerveux. Elle n’a plus besoin de vous plonger dans un état de combat ou de fuite, ni de vous faire adopter une vision tunnel ; elle peut revenir dans la zone verte et être à nouveau elle-même, dans toute sa beauté. Et pour ajouter à la confusion, les parties ont leur propre Self. Dans nos formations — et on n’entend pas souvent parler de cela ailleurs, car cela prête à confusion —, vous établissez une connexion depuis le Self vers une partie, et vous vous connectez au Self de cette partie, à son essence.
C’est pourquoi l’IFS est à la fois très subtil et très solide. Il a été développé sur plus de 40 ans, grâce à tant de personnes qui ont simplement écouté et observé ce qui se passe dans leur propre système, dans celui du client, ainsi qu’à l’extérieur : comment les systèmes interagissent entre eux, avec les fardeaux, la culture et les fardeaux intergénérationnels hérités du passé. C’est donc incroyablement solide, et c’est pour cela que je l’apprécie tant. C’est tellement subtil. Je pense donc que nous disons exactement la même chose.
JM : Oui, non, je l’adore. Tout d’abord, j’apprécie vraiment le niveau de discernement dont vous faites preuve, et oui, je me sens vraiment en phase avec ce que vous partagez. Il y a quelque chose de très sain dans le fait que, oui, il y a ces différentes parties qui possèdent des dons, mais qui endossent aussi des fardeaux. Et ainsi, nous pouvons les aider à se libérer de ce fardeau pour que le don puisse s’exprimer plus pleinement. Donc, oui, j’aime bien ça.
Je reviens sur ce point : vous savez, quand j’ai posé cette question, c’était en quelque sorte une question provocatrice, car je sais qu’il y a de nombreux secrets, ou plutôt des principes essentiels, pour mener ce travail. Mais vous avez parlé de la présence du coach, du coach qui coache à partir du Self. Pourriez-vous nous en dire un peu plus, dans le cadre de votre formation, vous formez des coachs à utiliser le travail avec les parties et le Système Familial Intérieur ; constatez-vous souvent que les coachs ont du mal avec cela, qu’ils ne font pas en réalité le coaching depuis le Self de cette manière ?
SM : Oui, oui. Et c’est douloureux ce moment où l’on découvre cela. J’ai moi-même vécu ce moment ou l’on suit notre formation de coach, on suit d’autres formations… Les coachs suivent généralement beaucoup plus de formations, car ils adorent apprendre davantage. Et ils se rendent compte : « Bon, il y a le « réparateur », il y a le « conseiller », il y a tout un tas d’interdits comme “ne donnez pas de conseils”, il y a beaucoup de ces interdits, et… oh, pour obtenir votre certification ICF (International Coaching Federation) vous ne pouvez pas donner votre propre opinion, vous ne pouvez pas enseigner, et donc nous sommes également conscients de ces sauveurs, de ces réparateurs et de toutes ces parties.
Le coaching et les parts les plus subtiles — Self-like ou « semblables au Self »
Mais ensuite, il y a les plus subtiles, celles que nous ne remarquons pas et que nous prenons pour nous-mêmes, et ces parties pensent qu’elles sont nous. Et je ne dis pas que cela signifie que vous faites mal votre travail de coach. Mais lorsque vous rencontrez cette partie de vous qui s’est chargée du coaching à votre place ou avec certains clients, cela peut aussi venir du fait que certains types de clients peuvent faire ressortir certaines parts de vous qui prennent le dessus. Cela peut être douloureux, car vous êtes peut-être titulaire d’un MCC, au plus haut niveau de l’ICF et que vous vous en sortez très bien, et puis… waouh. Et ces parts-là n’aiment pas vraiment être mises au jour, car elles sont très douées pour rester dans notre angle mort.
C’est donc là que réside le véritable objectif, une fois que vous avez rencontré une partie ou plusieurs parties qui surgissent, peut-être avec certains clients, ou peut-être lorsque vous êtes fatigué. Car les parties vivent dans un corps, vivent dans notre physiologie, et nous vivons nos vies dans un environnement où nous sommes influencés, et les parties ne sont donc pas statiques ni rien de ce genre. Elles sont profondément imbriquées dans le tumulte de tout le reste. Alors peut-être que, lorsque nous avons soudainement moins de clients et que nous commençons à nous inquiéter de ne pas avoir assez de revenus, une certaine partie prend le dessus. Et c’est ce qu’on appelle alors, en IFS, des parties Self-like car elles ont souvent des qualités du Self ou semblent les avoir — on retrouve là certains de ces mots commençant par « C » ou « P » — mais en réalité, ce n’est pas le cas. Et c’est justement là que le coaching peut commencer à s’enliser.
On se dit alors : « Ce client ne change tout simplement pas. » Ou bien on commence à se sentir mal à l’aise avant même de rencontrer un client en particulier. Cela peut être le signe qu’il se passe quelque chose. Ou bien vous commencez à vous montrer un peu critique envers un client. Ce que nous appelons ainsi, ce sont des parties « miroir du Self » ou « semblables au Self ». Tout le monde ne les appelle pas de la même façon, car on peut trouver que ce n’est pas très gentil de qualifier cette partie de « semblable au Self » – elle essaie d’imiter –, mais elles reflètent des qualités du Self. Et bien sûr, ce sont les plus difficiles à repérer. Et lorsque vous les identifiez, il faut alors travailler avec elles, soit d’abord par vous-même, mais généralement, vous devez vous faire aider par quelqu’un d’autre pour décharger cette partie de ce qui la pousse à intervenir et de ce qui l’inquiète si elle n’intervenait pas et ne vous accompagnait pas.
JM : Comment savoir qu’une partie « semblable au Self » est présente ? Vous en parlez déjà, mais vous savez, surtout les plus subtiles… Je pense, comme vous l’avez mentionné à propos de nombreux coachs lorsqu’ils suivent une formation, qu’ils apprennent peut-être à ne pas trop s’investir avec le client en essayant de résoudre les choses à sa place. Une partie qui veut bien faire les choses, c’est tout à fait compréhensible que ces parties se manifestent quand on apprend quelque chose de nouveau, mais ces parties plus subtiles qui peuvent encore être présentes chez des coachs expérimentés, comment sait-on quand elles sont là ? Peut-être sont-elles là depuis si longtemps qu’on ne pense même pas qu’il s’agisse d’une partie.
SM : Exactement, oui. On ne le sait pas. C’est pourquoi il est si important de recourir à la supervision ou au mentorat. Et c’est là que je les vois souvent émerger lorsque j’anime cet atelier pratique de coaching avec des personnes ayant suivi une formation, qu’il s’agisse de coachs ayant suivi des formations cliniques – ce qui était possible autrefois, comme je l’ai fait pour la formation clinique IFS – ou de ceux ayant suivi une formation spécifique en coaching. Donc, les personnes qui sont passées par là ou qui ont suivi une formation clinique et sont devenues coachs.
Ce que l’on constate, c’est que les gens viennent avec un cas de client. Comme c’est le cas chez les thérapeutes, ils ont leur supervision et ils présentent un cas en disant : « Oui, il y a juste ce client qui me met vraiment dans tous mes états », ou « Je ne comprends pas , il n’arrête pas de parler… » Ou si vous vous dites à vous-même après coup : « Il y a juste ce client avec lequel je ne sais pas… », et que vous avez un peu l’impression que « ça s’est bien passé, mais il y a quelque chose ». Ou bien que vous commencez à porter un regard un peu critique sur quelqu’un ou à éprouver de la pitié pour lui d’une manière qui n’est peut-être pas de la compassion, mais plutôt un peu de pitié, un peu comme : « Oh, c’est tellement dur pour lui, oui, je compatis vraiment à son sort. » Alors cela signifie qu’il y a une partie ici, car cette compassion sincère et sans réserve n’est plus présente.
Ainsi, chaque fois que vous commencez à ressentir un changement en vous pendant que vous êtes avec le client. Peut-être que vous commencez à penser : « Mon Dieu, il est un peu agaçant. » Ou tout changement où vous n’êtes pas pleinement à l’écoute, c’est là que vous pouvez faire preuve de curiosité. Mais vous ne le remarquerez pas forcément. Idéalement, nous devrions tous le remarquer. Et cela se traduit souvent par : « Mon Dieu, j’ai ce client difficile. » Alors, quand quelqu’un évoque cela, je lui demande : « Dites-m’en plus, quel est exactement votre défi dans ce cas ? » Et ensuite, je lui demande de se connecter à son système, car inévitablement, quelque chose va émerger : « Oui, il ne fait tout simplement pas ce qu’il dit ! Il ne cesse de s’engager, mais il ne passe pas à l’action ». Et on demande : qu’est-ce qui, en vous, a besoin qu’il s’engage à cela ? » Et il s’avère qu’il y a une partie qui exige des efforts, une partie critique qui estime qu’il devrait le faire. Et ce n’est peut-être même pas tout à fait l’intention de ce client. Ou bien, il y a quelque chose de plus profond là-dessous. Et il y aura une interaction à ce niveau-là.
Donc, à ce moment-là, lorsque vous allez plus loin et que vous examinez ce qui inquiète cette partie de vous, et ce qu’elle craint si ce client ne fait pas ce qu’il dit qu’il va faire, ce n’est en fait pas du tout qu’il s’inquiète pour le client, mais plutôt « il ne me considérera pas comme un bon coach et je le perdrai comme client ». Ainsi, en examinant les inquiétudes que cette partie nourrit à votre égard — car les parties ont toujours une intention positive à votre égard, même si elles commettent les actes les plus extrêmes qui ont d’énormes conséquences sur votre vie — elles veulent vous aider. Elles nourrissent de l’espoir pour vous. Leur espoir, c’est par exemple que ce client vous considère comme un très bon coach. Donc, pour répondre brièvement, c’est là où vous vous retrouvez bloqué. Ou là où le client se retrouve bloqué, et alors vous pourriez faire preuve de curiosité.
JM : Ce que j’apprécie dans cette approche, c’est que c’est quelque chose dont nous pouvons tous commencer à prendre conscience. Et je pense que les coachs le font naturellement, mais il faut prêter attention, au cours d’une séance, au moment où je sors de cet état d’alignement, la connexion, l’ouverture d’esprit, la patience, tous ces mots que vous avez évoqués. Parce que je peux me mettre à l’écoute de cela en moi-même : ça peut se manifester soudainement par une sorte de sensation de tension quelque part dans mon corps, peut-être qu’une légère inquiétude s’installe, du genre : « Je ne sais pas trop ce qui se passe en ce moment, que dois-je faire ? ». Ou alors je commence à essayer de travailler subtilement avec un client, je veux qu’il… peut-être que je perds ce sentiment de patience, parce que je veux faire avancer le processus. Oui, toutes ces choses-là. Et je pense que c’est un moyen très puissant de commencer à être capable de prêter attention à l’instant présent. Que conseillez-vous aux coachs de faire s’ils commencent à remarquer cela au cours d’une séance ?
Prise de conscience des parts subtiles durant la séance de coaching
SM : Oui, oui, c’est une question importante. Donc, tout d’abord de revenir à vous-même, bien sûr, tout se passe aussi dans le corps. C’est donc en grande partie cette conscience physique, ce que Strozzi enseigne quand on remarque une déconnexion ou une froideur, dans le cadre du coaching somatique. Mais les parts les plus importantes sont justement celles dont on n’a pas vraiment conscience. Car ces parties sont très douées pour rester calmes et patientes, mais il peut y avoir là une énergie qui vous « fait » être calme et patient. Celle-là peuvent donc avoir des présences très subtiles. Elles sont presque comme des fantômes. Je pense donc que l’on apprend à savoir quoi faire en séance, j’y reviendrai.
Mais la manière dont vous pouvez rencontrer cela passe aussi beaucoup par l’avant et l’après. Et bien sûr, on dit aux coachs de réfléchir, mais ce que je fais – chacun a sa propre façon de procéder –, c’est que je griffonne avant chaque séance pour noter qui est présent, et comme on dit en IFS : « qui est là ? ». Donc avant notre entretien, qui est là ? Les parties enthousiastes, les parties nerveuses, elles sont toutes là, elles sont toutes les bienvenues. Je leur demande simplement de me laisser de l’espace. Cette pratique vous rend donc déjà plus conscient, et surtout avec des clients différents, de ce qui émerge. Car c’est souvent chez les coachs plus expérimentés que ces parties de soi ne sont pas toujours présentes. Elles apparaissent avec certains clients. Donc, rien que cela : observez votre système nerveux, où en est-il ? Votre corps, comment va-t-il ? Y a-t-il des tensions musculaires ? Et qu’y a-t-il d’autre ? Scrutez votre corps : qui est là ? Les émotions, tout.
Puis, après la séance, — car nous sommes notre propre évaluateur et notre biais de négativité fausse les choses à mesure que nous nous éloignons d’une séance —, mais dès que vous le pouvez après coup, réfléchissez : comment cela s’est-il passé, qu’y avait-il ? Y avait-il une partie de moi qui m’intrigue ? Pourquoi ai-je tant parlé ? Pourquoi l’ai-je interrompu ? Tout ce qui est présent. Cela vous apprend à vous connecter, à aller à l’intérieur de vouset à vraiment vérifier votre propre système. Sinon, on commence à penser au client. Eh bien, non, pensez à votre propre système. Et si vous avez conclu un accord pour enregistrer la séance, vous pouvez maintenant la passer au crible de l’IA, ce qui peut être très utile. Vous pouvez effectuer votre propre supervision en utilisant les bonnes questions, et demander à l’IA de superviser vos séances. Cela vous permet de repérer ce que vous ne remarquez pas. Vous commencez ainsi à vous familiariser avec votre système et à avoir de plus en plus confiance dans le fait que, si ces parts vous laissent de l’espace, tout va bien ; il s’agit donc de renforcer cette confiance.
Ensuite, pendant la séance, il s’agit de mettre en pratique. J’ai eu une excellente mentor lorsque je venais de terminer ma formation de coach, et elle m’a dit : « Sophia, j’ai remarqué chez vous que lorsque vous êtes très enthousiaste, curieuse ou que vous allez de l’avant… Mais je suis simplement curieuse : qu’est-ce que cela signifie ? Quand vous, en tant que coach ou quoi que ce soit d’autre, vous avancez. » C’est comme prendre conscience de votre corps et ce genre de choses : vérifier que, pendant que vous agissez, comme vous le dites, vous remarquez que vous vous perdez, qu’il y a quelque chose, qu’il y a un changement, qu’il s’agisse des mots que vous utilisez, de la vitesse à laquelle vous parlez ou des sensations physiques. Donc, ce qu’on nous demande de faire en IFS, c’est d’observer et de vous tourner vers cela. C’est plus facile à dire qu’à faire, car cela prend du temps. Mais d’après ma vision de cette pratique, en tant qu’êtres humains, nous avons cette capacité à faire plusieurs choses à la fois. Nous pouvons donc être avec un client tout en vérifiant notre propre système sans perdre le contact. J’ai un peu comparé cela aux interprètes simultanés, ces personnes capables d’écouter du russe et de le traduire en anglais en même temps. Je trouve cela toujours déroutant, mais c’est une formation qui prend du temps. Et nous en sommes capables. Je trouve que c’est la même chose ici. Vous traduisez, vous remarquez ce qui se passe dans votre propre corps. Vous traduisez cela tout en restant présent avec le client, tout en continuant à suivre ses parties et son système.
Ce qui est donc très différent dans l’IFS, et cela demande de la pratique au début : un praticien IFS débutant ne peut pas faire cela immédiatement. Mais reprenons ce que vous avez dit tout à l’heure : vous sentez que vous êtes un peu impatient ou vous ressentez quelque chose. Vous vérifiez. Il arrive parfois aussi que cela vienne en réalité du client et que vous ne fassiez que capter cette énergie qui émane de lui. Mais vos responsabilités envers votre propre système passent avant tout. Et vous vous dites : « D’accord, je remarque que je suis en fait un peu inquiet à propos de ce qui va se passer après cela. J’ai cette importante réunion. » Vous remarquez donc cela, et vous faites ce que vous faites habituellement pour votre propre bien-être. Je me contente donc de le remarquer. Par exemple, je peux noter un mot, juste pour, disons, prendre un peu de recul, ou bien je prends une inspiration, non pas pour m’en débarrasser, mais pour le reconnaître et y revenir plus tard. Vous vous dites alors : « Oui, c’est vrai, mais je suis ici maintenant avec le client. Peux-tu me laisser un peu d’espace ? J’y reviendrai, je surveillerai l’heure. » OK. Maintenant, si cela a effectivement rompu le lien avec le client, et que vous n’en êtes pas sûr à 100 %, mais que vous percevez peut-être quelque chose chez lui parce que vous étiez justement… Et si vous pensez que c’est dans l’intérêt du client, que cela lui est bénéfique parce que vous venez de rompre quelque chose, nous en parlons. Vous dites alors : « Hé, je suis désolé, je viens de remarquer une partie » – si vous utilisez le langage des « parties » avec le client. « Une partie vient de surgir, et je viens de lui demander de me laisser un peu d’espace. Donc, si vous remarquez cela, je m’excuse et je suis là pour vous. Je suis de retour. » Et très souvent, les clients vous diront : « Merci de l’avoir dit. J’avais remarqué quelque chose. Et je pensais que c’était moi. » Et parfois, ils diront : « Oh non, ça va. » Mais peut-être le disent-ils simplement parce qu’une partie d’eux souhaite se montrer polie et docile, et ils diront que ça va, alors qu’en réalité, une autre partie l’a peut-être remarqué.
C’est donc différent de la plupart des autres approches, pour autant que je sache, dans la mesure où vous parlez au nom de la partie qui vient de prendre le contrôle. De plus, je pense que cela s’applique à tout le monde et que cela peut être utile à n’importe qui. Par exemple, s’il se passe quelque chose à l’extérieur, comme des bruits forts, ou si vous avez mal au dos. Nous savons que lorsque l’on a très mal au cou ou une élongation musculaire, on peut parfois grimacer de temps en temps. J’ai eu un problème chronique au dos pendant un certain temps. Alors, quand c’était vraiment douloureux, je disais à mes clients : « si vous voyez mon visage prendre un peu cette expression-là, ce n’est pas à cause de vous. J’ai simplement très mal. » Et cela peut être très utile, car sinon, vous restez là à vous en faire, mais ils risquent aussi de tirer des conclusions hâtives, car nous tirons tous des conclusions à partir des expressions faciales, des mouvements et de tout ce qui concerne les autres. Il s’agit donc de reconnaître que je peux faire une grimace étrange et de devancer ainsi toute interprétation erronée de leur part, de la part de ces parties d’eux qui se sentent ignorées ou inécoutées. Il y a beaucoup à dire là-dessus.
On pourrait passer une heure entière à discuter uniquement de cela, ainsi que du suivi de votre propre système et du fait de lui demander de vous laisser de l’espace. Et puis, une dernière chose importante : dès que vous remarquez qu’une partie de vous prend le dessus, il faut y revenir, apprendre vraiment à la connaître et construire une relation mutuelle de confiance et de compréhension, et de voir quelles sont les forces de cette partie et comment elle peut peut-être réellement vous aider au cours d’une séance, au lieu de s’imposer et de prendre les clés de la voiture.
JM : Ce que j’apprécie dans ce que vous partagez, c’est que, pour moi, vous mettez en mots deux aspects très importants de notre évolution : d’une part, le développement au fil du temps, c’est-à-dire que vous faites le point avant la séance, puis vous remarquez quelles parties ont pu être activées, et ensuite vous pouvez travailler dessus grâce à la supervision, avec votre propre coach. Ainsi, au fil du temps, ces parties apparaissent moins souvent pendant le coaching et le Self est davantage présent. Mais vous pratiquez également la liberté immédiate, dans le sens où, au cours de la séance, vous remarquez quand vous vous faites piéger et vous êtes capable de développer cette double conscience où vous restez présent avec le client, mais où vous vous gérez également vous-même. Je veux dire, « gérer » n’est peut-être pas le terme exact, car nous savons que nous ne parlons pas de « gestion des parties », mais vous régulez en quelque sorte, ou vous êtes capable de revenir à un état de fluidité avec votre client. Encore une fois. Et je pense que c’est très puissant, car je pense que ces deux aspects du développement sont importants pour nous tous.
Pensez-vous qu’il existe des parties subtiles qui s’apparentent presque à des parties IFS ? Ce que je veux souligner, c’est la différence entre le fait d’être un coach ayant appris l’IFS et d’être, en tant que coach, dans ma partie « IFS », par opposition au fait d’être simplement dans une véritable intimité profonde avec le client à cet instant précis, et c’est cela qui guide le processus. Maintenant, toute la formation est là, en arrière-plan, mais en réalité, c’est cette harmonisation qui guide véritablement le processus, et il y a une réelle patience, une véritable connexion et une présence authentique.
SM : Oui. Oui, tout à fait. Et je pense qu’avec n’importe quel modèle nouveau que nous apprenons, nous passons d’abord par une phase d’apprentissage, et comme souvent dans les formations à l’IFS – et je suis sûr que c’est pareil pour d’autres formations –, on compare cela à l’apprentissage d’une nouvelle danse. Vous apprenez les pas, vous êtes très raide et maladroit, vous marchez sur les orteils des autres, et vous devez assimiler ces pas pour pouvoir exécuter cette danse. Puis, à un moment donné, tout s’enchaîne naturellement et vous dansez tout simplement. Et vous voyez des gens et vous vous dites : « Waouh, cette personne est vraiment dans l’instant présent. » Et je suppose que c’est la même chose pour les arts martiaux. Il faut apprendre ces katas, et ça, c’est de la répétition, de la répétition, encore de la répétition, puis tout s’enchaîne naturellement. Il y a donc une certaine maladresse au début, c’est pourquoi on encourage toujours autant à s’entraîner avec des pairs, à se marcher sur les pieds les uns des autres – et non pas sur ceux de vos clients — et de vraiment bénéficier de cette supervision et de cette pratique, mais aussi d’introduire les choses petit à petit. Si vous restez là avec le protocole et ces questions que vous devez poser, et que vous entendez Dick — le créateur de l’IFS — faire une démo, puis que vous répétez ses questions, alors ça devient… c’est une partie qui le fait, la partie « IFS » qui agit. Ce qui, pour le client, donne l’impression de se demander : « Qu’est-ce que c’est que ça ? » Il y a un mur entre vous et le client, et c’est pourquoi je dis que votre travail sur votre propre système est si important. Je ne pense pas que vous devriez travailler avec des clients – pompiers, managers, etc. – sur leurs parties protectrices ou leurs exilés vulnérables si vous n’avez pas effectué ce travail sur vous-même. Parce qu’alors, cela devient sans aucun doute très cognitif et ce n’est plus qu’un protocole analytique et cognitif, qui n’a rien à voir avec le coaching.
JM : C’est la même chose avec les clients : on sent quand ils parlent d’une partie ou d’un Self de manière conceptuelle, par opposition à quand ils sont en contact avec cette partie ou ce Self, et c’est comme si la pratique prenait vie d’elle-même, plutôt que d’avoir l’impression de forcer le travail sur les parties, c’est comme si cela se déroulait de manière non forcée et, en réalité, vous n’avez que très peu à faire en tant que coach, même si c’est véritablement votre accès à la présence – ce « conteneur » – qui leur permet d’être pleinement dans leur processus au fur et à mesure qu’il se déroule. SM : Oui, exactement. C’est ce que j’apprécie tant dans l’IFS. Vous n’avez pas besoin d’en dire beaucoup. Vous pouvez simplement être présent, et cela se produit dès qu’il y a une véritable connexion entre le Self et les parties, et entre les parties et le Self ; cette connexion mutuelle est là. Cela se déploie, pour reprendre le terme de Steve March, qui, je trouve, décrit si bien la situation, car on voit vraiment cela comme une fleur qui s’épanouit, ou bien cela se produit tout simplement, car ce n’est pas nous qui le provoquons ; lorsqu’il y a une connexion entre le Self et la partie, lorsqu’il y a une relation, tout comme entre les êtres humains à l’extérieur, lorsqu’il y a cette connexion à l’intérieur, les choses se produisent. La transformation s’opère. Oh, il y a cette source ! Ce n’est pas seulement cette autre partie avec laquelle je me bats et à laquelle je suis coincé depuis 30 ans, à essayer de nous affronter ou de nous tenir à l’écart l’un de l’autre. Il y a cette source. Et cela se produit. Vous n’avez donc rien à faire en tant que coach. Vous ne « faites » pas cela, car ce serait l’une de vos propres parties-fardeaux qui tenterait d’accomplir quelque chose au sein du système du client. Cela se produit. Le rôle du coach consiste ici à faciliter le processus : si une partie intervient et perturbe ce processus, il s’agit de le repérer et de rétablir en douceur l’espace nécessaire pour que la magie opère. Mais nous ne pratiquons pas l’IFS pendant que la connexion s’établit ; nous facilitons simplement ce moment de connexion ou un petit ajustement, car il n’est pas nécessaire que ce soit une transformation complète : il peut s’agir de minuscules changements, mais nous facilitons ces changements ainsi que la mise à jour des schémas obsolètes et des fardeaux. Ces stratégies étaient nécessaires à l’époque, mais elles ne sont plus utiles. Donc oui, c’est une longue question pour commencer, mais il est tout à fait normal que des parties interviennent. Cela dit, nous n’avons pas besoin d’être dans l’énergie du Self à 100 % pour que la magie opère. Ce que nous appelons en IFS, c’est une « masse critique de Self ». Et cette « masse critique » — certaines personnes n’aiment pas du tout ce terme, mais c’est le moment où le changement peut se produire. Donc, s’il y a une ouverture à ce niveau, vous, en tant que coach, devrez peut-être encore fournir un petit effort, ou le client aura peut-être encore un petit quelque chose, un peu de cette « masse critique ». S’il y a suffisamment de curiosité, de compassion, la partie recevra cela et des changements se produiront.
JM : Oui, magnifique. Oui. J’aimerais beaucoup vous interroger sur le langage direct, le langage directif, car je pense que cela correspond bien à ce dont nous parlons, dans le sens où, pourriez-vous nous dire quelque chose sur la manière dont, lorsque nous ne sommes pas dans cette « masse critique », l’utilisation d’un langage directif peut peut-être donner une impression très différente de celle que l’on ressent lorsque nous y sommes. Que diriez-vous de l’utilisation du langage directif dans l’IFS et du rôle du Self ?
SM : Oui, c’est un sujet très important, bien sûr, pour les personnes qui apprennent l’IFS. Peut-être en participant à des ateliers ou à des formations cliniques, ou peu importe où elles suivent leur formation, ou encore lorsqu’elles regardent simplement des démos en ligne, elles constatent que le langage utilisé dans le protocole clinique peut être très directif. Cela m’a donc rendu très curieuse. C’était ma plus grande difficulté, car j’étais coach. J’ai eu l’incroyable chance de pouvoir suivre, à l’époque, les niveaux un, deux et trois. Pour chaque formation, ils acceptaient environ trois non-thérapeutes, des professionnels de santé mentale agréés. Mais en tant que coach, je me suis dit : « Quoi ? Ça, ça ne va pas ! »
JM : On entend ça aussi de la part de notre communauté : « Hé, vous ne pouvez pas faire ça. Les coachs ne peuvent pas donner d’instructions. »
Une masse critique de Self
SM : Oui. « Ce n’est pas conforme aux normes de l’ICF ». Cela a donc vraiment captivé mon côté « avocate » qui aime mener des recherches. Alors, pourquoi existe-t-il une règle interdisant les questions fermées ? Qu’est-ce qui se cache derrière cela ? Pourquoi n’y a-t-il pas de directives ? Qu’est-ce que cela signifie réellement ? Et c’est donc un chapitre de mon livre, comme vous le comprenez, car c’est un sujet vraiment très riche et intéressant. Donc, pour revenir à ce dont nous parlions tout à l’heure, si vous possédez cette présence et que vous êtes véritablement guidé par le Self, car le terme « dans le Self » n’est plus vraiment utilisé aujourd’hui, car lorsque vous êtes pleinement dans le Self, cela représente pour moi la non-dualité. Vous êtes en quelque sorte comme un lac ; ou, disons, si j’étais maintenant pleinement dans le Self à cent pour cent, je ne pourrais pas vous parler, car je serais simplement parti dans les nuages, dans un monde de pur bonheur. Vous êtes donc guidé par le Self. C’est le Self qui guide la partie. Si tel est le cas, votre cadence, votre voix, votre énergie sont telles que si vous utilisez des mots qui, sur le papier, dans une transcription, donneraient quelque chose comme : « Quoi ? », cela semble vraiment directif. On entend Dick et d’autres le faire : « Dites à la partie… ». Ce sera simplement : « Dites à la partie de vous laisser un peu d’espace. » C’est comme si, en voyant cela écrit noir sur blanc, on se disait : « Quoi ? Vous demandez au client de dire à la partie… » Mais la façon dont cela vient de quelqu’un qui est véritablement guidé par le Self, c’est : « Oui, dites à la partie que… », ce sera une invitation ; « dites-lui que… » c’est comme : « pourquoi ne pas lui dire ça ? »
Langage directif ou invitation en coaching ?
SM : Or, cela prend beaucoup de temps avant que cela s’exprime d’une manière avec laquelle le coach se sente lui aussi à l’aise. Cela peut donc prêter à controverse au sein de la communauté IFS. J’ai le sentiment qu’on peut obtenir le même résultat sans avoir besoin d’utiliser un langage directif. En tant que thérapeute, vous pouvez le faire. Vous avez un rôle différent. En tant que coach, — et c’est ce que nous avons développé à l’institut pour la formation des coachs — il existe des moyens d’y parvenir de manière interrogative et incitative, d’une façon plus explicitement incitative et conforme à la pratique du coaching. Et vous pouvez obtenir exactement le même résultat. Or, l’avantage supplémentaire que j’ai remarqué pour mon propre système – puisque j’ai été formée à la manière clinique, j’avais donc l’habitude de dire « dites-le à la partie », « demandez à la partie », mais peut-être en y ajoutant une touche de coaching. Mais si vous adoptez pleinement un langage cohérent avec le coaching, cela vous permet de rester davantage dans votre énergie de Self en tant que praticien. Car il existe une sorte de biofeedback : les mots que vous utilisez et la façon dont votre propre cerveau, votre système, les perçoit. Vous savez bien que, d’après ce que l’on observe au niveau de la posture corporelle, si vous vous affalez ainsi, vous commencez à ressentir certaines émotions. Et si vous souriez, vous commencez à vous sentir mieux. J’ai donc l’impression – et j’ai constaté qu’il n’y a pas beaucoup de recherches à ce sujet ; ce serait formidable que quelqu’un consacre une thèse de doctorat à ce sujet — , mais le langage que vous utilisez, les mots, et il y a bien sûr aussi le ton et la cadence, tout cela vous affecte également. Mais même les mots que nous employons ont un impact sur nos propres composantes. Imaginons qu’en tant que coach, vous risquez toujours d’avoir une part « expert », du genre « j’en sais plus que le client ». « Je connais ce modèle » « Je sais ce qui devrait se passer dans son système ».
Donc, si vous utilisez un langage plus adapté à votre domaine d’expertise, du genre : « dis-lui simplement de faire ça », que vous utilisez ces mots et que vous les répétez, vous ferez effectivement émerger ces parties. Et chez le client, bien sûr, des choses se produisent également, mais il existe davantage de recherches sur cet effet ; par exemple, Richard Boyatzis avec son « attracteur émotionnel positif »… Et votre manière d’être, mais aussi les mots que vous utilisez, tout cela a une influence sur la façon dont cela est perçu dans le système du client. Mais cela vous affecte également.
Je pense donc sincèrement que le coaching a des atouts à apporter à l’IFS clinique, notamment en matière de formulation, car la psychologie du coaching est tellement avancée et sophistiquée en ce qui concerne l’interaction entre le fait de maintenir une approche invitante, le coach ne se posant pas en expert. Il y a là une telle richesse. Qu’est-ce que cela signifie donc pour le coach en formation ? Comme vous le dites, votre formidable formation la compassion envers soi-même, est-ce bien cela ? Avec tous ces différents praticiens qui utilisent le travail sur les parties, puis lorsque l’on aborde l’IFS et que les gens regardent également des démos en ligne, ils commencent à utiliser ce langage. Et je ne dis pas qu’il est mauvais de l’utiliser, mais pour les débutants, j’encouragerais vraiment les gens à trouver un moyen de le faire d’une manière cohérente en tant que coach. Ce n’est pas que je me moque des concours de l’ICF. Je m’y intéresse, car je trouve qu’ils sont formidables et qu’ils s’appuient sur de nombreuses recherches. Mais pas spécifiquement pour cette raison. Pas pour réussir une évaluation, mais vraiment pour affiner vos propres compétences en matière de véritable curiosité. Car si vous répétez ce langage, où passe votre curiosité qui vous permettrait de formuler votre propre question ayant le même effet ? Oui. Donc oui, je pense c’est important, car quand on débute, comme vous le dites, vos « parties » IFS refont surface. « Je suis le protocole, je fais ceci, je travaille sur les parties. » Si, en plus de cela, vous commencez à utiliser un langage assez directif, cela devient alors très discordant.
JM : Oui. Oui, oui, comme Mike, parce que c’est génial. Je ressens cette combinaison entre le fait d’être dans le Self et d’avoir une demande invitante, du genre : « Comment serait-ce de faire savoir cela à cette partie ? » Oui. Ce ne sont que de petites phrases, mais elles font vraiment écho à ce leadership du Self dont vous parlez : c’est comme si vous lanciez une invitation, mais c’est plutôt du genre « vous pourriez essayer » ou… il n’y a pas de formule précise. C’est davantage une question d’énergie dans la façon dont c’est dit, mais ces phrases-là, parce que je remarque que lorsque quelqu’un travaille avec moi de cette manière et utilise ces phrases, cela fait toute la différence, car j’ai l’impression d’avoir le choix, alors que si j’ai l’impression qu’on me dit de faire quelque chose… Il faut bien comprendre ça, quand on vous dit de faire quelque chose. Et Dick est très habile, donc pour lui, ça marche, et il fait vraiment autorité, donc les gens lui font confiance. Du coup, ça marche vraiment. Mais si ce n’est pas tout à fait juste, si quelqu’un vous dit quoi faire, ça peut faire ressortir une partie de vous qui se dit : « Eh bien, je ne vais pas faire ça ».
SM : Du coup, soit vous obtenez des parties rebelles, des parties insoumises, parce qu’on vous prive de votre autonomie, et une partie rebelle va donc émerger chez certaines personnes, mais vous obtenez aussi des parties dociles, des parties complaisantes. Et c’est là le grand risque avec l’IFS : il faut vraiment que le système donne son accord pour que cela fonctionne. Parce que c’est profond, c’est inhabituel, nous n’avons pas grandi avec la multiplicité. Ainsi, lorsque vous vous engagez à pratiquer l’IFS, il est vraiment important de ne pas imposer le langage des parties aux personnes. Et de simplement laisser tomber si vous remarquez que cela ne passe pas, pour revenir à une question de coaching où, au lieu de parler de la partie, vous vous contentez de dire « vous ». Et bien sûr, lorsqu’une personne est complètement amalgamée avec une partie, vous procédez ainsi de toute façon. Vous vous contentez de dire « vous », ce qui relève d’une tout autre question : celle du dialogue avec les parties amalgamées.
Mais ce qui est également intéressant pour votre propre système, c’est que lorsque vous dites « Je me demande », cela vous donne de l’espace. « Je me demande… de quoi cette partie aurait-elle besoin pour vous donner un peu d’espace ? » Vous n’avez donc même pas besoin de dire : « Je me demande si elle pourrait vous donner un peu d’espace », mais plutôt : « De quoi aurait-elle besoin pour vous donner de l’espace ? » Ainsi, vous amenez le client à vérifier réellement auprès de cette partie ce dont elle a besoin, au lieu de lui ordonner de s’écarter, car cette partie-là pourrait ne pas vouloir s’écarter. Il y a donc beaucoup à dire à ce sujet.
Mais si vous débutez et que vous vous dites : « Oui, mais Dick Schwartz le fait. » Je rencontre parfois des personnes qui sont assez réticentes à ce sujet. Les gens s’énervent, du genre : « Qui êtes-vous pour me dire ça ? » Je ne devrais pas, mais je ne dis pas qu’il y a quoi que ce soit de mal à cela, et quand on débute avec un modèle, je pense qu’il faut trois à cinq ans avant d’être pleinement à l’aise avec l’IFS. Pour nos systèmes qui ont été élevés dans cette mentalité monobloc, cette vision nordiste du monde, ou disons simplement le capitalisme, qui constituait toute la structure autour de laquelle nous avons été élevés, toute cette mentalité carthaginoise, tout ça… il y a tellement de choses là-dedans. C’est un grand changement pour nos propres systèmes de vraiment ressentir cela, et pour nos parties sceptiques d’accepter que « c’est normal ».
Au début, je me retrouvais en pleine séance — je me demandais si vous aviez déjà vécu ça — c’est tellement fascinant, je trouve. J’ai cette petite voix qui surgit : « Mais qu’est-ce que tu fais ? Tout ça, c’est faux. C’est tellement bizarre. Qu’est-ce que c’est que ça ? » Le côté surréaliste, comme si certaines parties de tout ça ne se passaient pas vraiment. Et ça ne m’arrive plus désormais, mais il m’a fallu des années avant de parvenir enfin à faire pleinement confiance. À croire pleinement que c’est vraiment ainsi que nous sommes. Ce n’est pas quelque chose que vous faites, vous ne l’inventez pas. Ce n’est pas un tour de cirque. C’est ce que nous sommes en tant qu’êtres humains, et c’est ainsi que nous guérissons, que nous nous épanouissons et que nous nous transformons. Et ça prend du temps.
JM : Hmm. Magnifique. Oui, je pense que cette prise de conscience de la multiplicité des « moi » s’est combinée pour moi avec ce sentiment que nous sommes toujours co-présents, que différents « moi » apparaissent dans différents contextes, et qu’il n’y a pas ce genre de « moi » unique qui soit nécessairement cohérent en toutes circonstances. Et j’ai trouvé cela très libérateur, parce que ça me libère. Cela permet une certaine espièglerie. Je peux travailler plus librement avec les schémas et l’énergie du moment.
Coaching et travail avec les parties exilées
JM : Je voudrais aborder un dernier sujet, et c’est probablement comme si nous préparions le terrain pour une deuxième partie à un moment donné, peut-être, mais la question la plus courante qu’on nous pose quand il s’agit de l’IFS, du coaching et du travail avec les parties, c’est : « Est-ce que les coachs peuvent travailler avec les exilés ? », ce qu’on appelle les exilés, et je sais que vous avez formé des coachs à ce sujet. Quel est votre point de vue là-dessus ?
SM : Oui, c’est encore une de ces questions vraiment importantes, et bien sûr, il y a aussi les pompiers. Il peut y avoir des pompiers très extrêmes, parce qu’il y a cet exilé qui est si effrayant. Les « pompiers » sont ceux qui peuvent causer beaucoup de tort à la personne ou à autrui, à travers la rage, la toxicomanie, tout ça. Donc, quand on parle du champ d’intervention, c’est parfois oublié, mais si les pompiers sont assez intenses, cela signifie qu’il y a beaucoup de souffrance sous-jacente ; sinon, ils n’auraient pas besoin d’être aussi intenses.
Donc, les coachs travaillent avec des émotions fortes. C’est ce que nous faisons. Donc, dire qu’on ne travaille pas avec les exilés, ce serait comme se couper un bras, en quelque sorte, ça fait partie de la réalité. Il arrive donc que les gens arrivent parfois en séance avec un exilé en toile de fond, si quelque chose vient de se passer au travail, dans leur famille ou dans leur vie. Il peut y avoir beaucoup de larmes lors des séances de coaching. Maintenant, quand on parle du côté clinique, et quand nous aussi, à l’institut, on dit aux coachs de faire très attention aux exilés, cela signifie que si vous utilisez vraiment le modèle pour vous concentrer sur eux en tant que partie cible, vous devez en faire une partie cible. On dit souvent qu’on travaille avec la partie cible, cela signifie que c’est en quelque sorte la part qui sera le sujet de la séance. Vous allez ensuite plus en profondeur, vous passez à un niveau plus spécifique de « passer un contrat ». Ce n’est pas simplement le fait de se concentrer sur le sujet, mais sur la partie précise sur laquelle vous vous concentrez pour éveiller votre curiosité, en apprendre davantage sur elle et apporter votre soutien.
Ainsi, pour les professionnels cliniques, c’est vraiment important, car la personne ne s’épanouit pas, est souvent même incapable de fonctionner normalement, ou représente un danger pour elle-même. La priorité est donc de ramener l’exilé dans le présent. En coaching, nous travaillons avec une clientèle très différente, dans un cadre très différent et selon des accords différents. Les exilés apparaissent donc, ils sont bien là. Je pense donc qu’il est très important que les coachs sachent comment travailler avec ces exilés. Mais de ne pas le faire à moins qu’ils aient suivi une formation approfondie, et cela vaut pour tous les domaines d’activité : vous devez vous interroger sur votre propre formation, vos compétences et ce que vous avez déjà mis en pratique avec votre propre approche.
La nécessité de faire notre propre travail intérieur
SM : Donc, pour être plus précise, je pense que personne, qu’il s’agisse d’un thérapeute ou d’un coach, ne devrait travailler avec l’IFS et les exilés s’il n’a pas encore libéré ses propres exilés. Donc, si vous n’avez pas vécu cette expérience, vous ne devriez pas travailler avec un client sur ce sujet. Je pense que c’est assez élémentaire. Cela semble élémentaire, mais vous seriez surpris de voir à quel point cette règle n’est pas respectée. Je pense donc que c’est vraiment important et, à l’Institut IFS, après la phase pilote, nous avons repensé avec Anna Tancy l’ensemble de la formation pour qu’elle soit encore plus cohérente en matière de coaching. Et il y a des étapes précises avec les exilés dans ce que nous enseignons, avec de nombreuses conditions. Si vous possédez l’approche « trauma informé », c’est en quelque sorte l’étape finale, mais si vous avez les bases suffisantes, si vous avez fait votre propre travail, vous disposez d’une formation suffisante sur les traumatismes pour ne pas vous contenter d’être « conscient des traumatismes », ce qui, je pense, est la toute première étape.
Être « trauma informé » en coaching
La « prise en compte des traumatismes » est un niveau très avancé, mais la « sensibilité aux traumatismes », la « réactivité aux traumatismes », sont essentiels pour que vous sachiez reconnaître quand quelqu’un est submergé par ses émotions. Et vous y avez également fait référence avec David Kitchings lors de votre conversation. Vous êtes donc passé par là. Les auditeurs ont probablement entendu cela à maintes reprises, mais si vous disposez de toute cette formation et de ces compétences, vous pouvez alors travailler avec les exilés en tant que coach, si vous avez également conclu un contrat à cet effet. Il faut donc obtenir cette autorisation globale à l’échelle du système, telle que nous l’apprenons en IFS, en vérifiant réellement que toutes les parties sont d’accord avec cela. Et vous pouvez vérifier cela grâce à l’énergie du Self : que ressentez-vous à l’égard de cette partie ? Il faut également connaître la différence entre un protecteur et un exilé, ce qui n’est pas toujours très clair car ils peuvent être très étroitement liés l’un à l’autre. Ce protecteur peut être très présent autour de l’exilé, puis la situation s’inverse ; on ne fait parfois pas la différence.
Donc, encore une fois, cela nécessite une formation approfondie. Je ne pense donc pas que si vous avez suivi notre formation de Coach IFS – ou sept jours de formation entrecoupés de séances de pratique –, vous puissiez simplement vous lancer et travailler avec les exilés de vos clients. Non. Mais si vous pratiquez cela depuis des années et des années, que vous êtes sensibilisé aux traumatismes et que vous travaillez avec un client avec lequel il y a un accord, vous pouvez toujours le faire de manière cohérente, dans le cadre d’un accompagnement. Par le biais d’invitations et lorsque quelqu’un est en connexion, cela se produit. Qui sommes-nous pour empêcher cela ?
JM : C’est un très bon argument, car d’après mon expérience, les exilés se manifestent, et il serait plus néfaste à ce moment-là de dire : « Oh, oh, d’accord, arrêtez », « ça, ça ne va plus ». C’est plus traumatisant pour une partie exilée que
SM : Ce serait exclure cette partie exilée de l’entretien de coaching. Oui.
JM : Et d’après mon expérience personnelle, lorsque j’ai travaillé avec les parties avec un coach très compétent, je dois l’admettre, très expérimenté. Mais les thèmes sur lesquels nous travaillions concernaient le leadership. Et il y avait souvent une partie exilée parmi elles. Et j’ai trouvé cela tout simplement magnifique de pouvoir accueillir ces parties exilées d’être accueillie par le Self, et c’était incroyablement guérissant et, ce n’était pas une expérience effrayante. Je ne dis pas que ce n’est pas intense pour certaines personnes. Bien sûr, il existe un très large éventail de situations différentes, mais je pense que parfois les coachs peuvent être trop effrayés par cela, par ces exilés, et par le fait que cela va être très intense. Et donc, tout ce que vous avez dit, je le soutiens pleinement. Il faut faire son propre travail intérieur, travailler avec ses propres exilés. C’est comme suivre une formation adaptée, connaître ses capacités, tout cela va de soi. Et ce que j’ai constaté, c’est que lorsque je n’étais pas avec le coach avec lequel je travaillais, nous n’utilisions pas vraiment la technique de déchargement des exilés, car ceux-ci se déchargeaient souvent d’eux-mêmes. Spontanément. Et non seulement cela n’était pas effrayant, mais c’était en fait une expérience incroyablement significative de ressentir ce que vous avez partagé au début : ces parties, ces exilés qui avaient souvent l’air très jeunes ou donnaient une impression de vie éteinte, puis ils reprenaient vie et se sentaient vus, et ensuite, ce que vous avez dit tout à l’heure, c’est que souvent, ils se transformaient presque — pour le formuler d’une manière un peu transpersonnelle —, j’avais des parties qui sont devenues… comment les appelle-t-on ? Des personnages de Pokémon,
SM : Et donc ces métaphores que le cerveau produit pour représenter l’énergie… c’est tellement, tellement beau…
JM : oui, oui… Donc, mon sentiment est que, bien sûr, il existe toutes sortes de coachs avec des domaines d’intervention différents, mais il y a de plus en plus de coachs qui s’y intéressent, surtout à notre époque où nous traversons une période de bouleversements majeurs et où les clients arrivent en état de dysrégulation, avec des exiles activés, et que cela peut vraiment aider les clients car il y a des exilés que nous pouvons rencontrer, sans les cibler directement, mais qui sont liés à des thèmes de leadership.
SM : Oui. Oui. Et il y a différents degrés. Toutes les parties sont donc les bienvenues. Et si un client sent qu’il peut aborder cela dans l’espace de coaching, il existe alors différents degrés d’engagement de votre part, en fonction de vos propres compétences et du niveau d’aisance de vos propres parties face à cela, car comme vous le dites, certaines personnes ont des parties qui ont peur des exilés. Cela signifie donc qu’elles doivent travailler sur cette peur en elles-mêmes. Elles ont des parties qui ont peur de leurs propres exilés. Donc, les personnes qui ont peur que les coachs travaillent avec les exilés, il y a quelque chose dans leur propre système qui pense que les exilés sont des choses vraiment effrayantes. Car en réalité, ils ne le sont pas. Ce sont de petites versions vulnérables de nous-mêmes qui sont encore bloquées dans le temps. C’est tout. Et oui, s’il y a un traumatisme grave lié à cela, il faut quelqu’un capable de le contenir. Et c’est souvent alors davantage le rôle d’un thérapeute. Mais ceux-là ne leur font pas peur.
C’est à cause de la réaction des protecteurs face à la douleur de l’exilé. Ce sont donc les protecteurs qui, en réalité, provoquent le retour de bâton, car ils ont tellement peur de cet exilé. Les protecteurs en ont peur. Mais l’exilé est figé ou bien il n’est pas nécessairement complètement figé, mais il a tendance à se trouver dans un état de paralysie et peut alors se dévoiler assez facilement dans des systèmes où l’accès à l’énergie de Self est plus aisé ; car ce n’est pas que certaines personnes aient plus d’énergie de Self que d’autres, c’est simplement l’accès à celle-ci qui est plus aisé là où il y a davantage d’espace, ce qui est généralement le cas chez les clients en coaching. Il peut y avoir des traumatismes très cachés, des traumatismes protégés. Mais dans les systèmes avec lesquels nous travaillons, cet accès a tendance à être présent. Cela peut être extrêmement facile.
Je l’ai vécu exactement comme ça en une seule séance complète en travaillant avec, et cela arrive souvent. Il m’est même arrivé, dès la première séance avec un client, d’assister à un véritable déchargement. Quelqu’un qui n’avait jamais entendu parler de l’IFS, qui ne connaissait pas le concept des « parties », qui n’en avait aucune idée, et voilà le résultat. Mais il y a aussi ceci : j’ai également travaillé avec des clients qui, comme tout le monde peut en rencontrer, fonctionnent à un très haut niveau, dans le sens où ils occupent des postes importants, gagnent beaucoup d’argent et semblent, vu de l’extérieur, avoir tout sous contrôle ; ce sont des managers incroyablement forts qui parviennent parfois à tout gérer tout en cachant un traumatisme énorme. C’est pourquoi il est si important d’être bien informé. Comme vous l’avez dit vous-même à maintes reprises, ainsi que d’autres personnes et David Kitchings, je pense que si les gens sont curieux à ce sujet, ils devraient écouter cet épisode. Car je trouve qu’il aborde très bien ce sujet, tout comme vous deux d’ailleurs.
Mais oui, je pense que nous avons le devoir d’enseigner aux coachs comment travailler avec les exilés dans le monde et à l’époque où nous vivons. Ce serait presque criminel de ne pas le faire, car c’est là que réside le véritable trésor.
JM : J’ai l’impression que c’est un très beau moment pour conclure notre conversation pour l’instant. Oui, j’ai vraiment apprécié cette atmosphère…je ne sais pas si c’est de Self, mais c’est une sensation vraiment très agréable tout au long de notre conversation, Sophia. Je tiens simplement à vous remercier pour la profondeur de votre engagement envers cette pratique, ainsi que pour votre sincérité et votre passion profondes à son égard, et pour la façon dont vous les transposez dans le coaching : c’est un véritable cadeau.
SM : Merci, Joel. Eh bien, je tiens à vous remercier, car depuis les années où j’ai découvert l’IFS pour la première fois, cela a coïncidé avec le moment où j’ai commencé à écouter « Coach’s Rising » ; je pense que c’est parce que Dick était, je crois, la première fois qu’il intervenait avec vous, ou quelque chose comme ça. Et chaque fois que j’allais à la salle de sport ou que j’étais en voiture, j’écoutais toujours les épisodes et je pouvais sentir votre passion pour l’IFS, ainsi que la façon dont vous posiez vos questions. Et c’est ainsi que nous sommes entrés en contact pour la première fois. Je dois donc énormément à vos conversations pour mon propre travail et ma compréhension de la manière de faire fonctionner le coaching, de faire fonctionner l’IFS dans le coaching. Mes parts vous sont donc très reconnaissantes pour ce que vous faites.
JM : Oui, c’est formidable. Pour les auditeurs qui souhaiteraient vous contacter ou en savoir plus sur vous, vous écrivez également un livre. Où peut-on en savoir plus à ce sujet ?
SM : Oui. Oui, mon Dieu, je suis en train d’écrire mon livre sur l’IFS en coaching, ou plutôt sur l’IFS dans le cadre du coaching. Il faudra encore patienter un peu. Mon site web est simplement Leading from Self https://sophiamose.com/, un site très basique que j’ai créé moi-même. Et j’organise des ateliers pratiques, mais en général, il y a aussi une newsletter à laquelle les gens peuvent s’abonner. Je vais écrire davantage. J’aime vraiment beaucoup ça. Mais ma plus grande passion, c’est tout simplement d’être avec mes clients et avec des groupes. Et, vous savez, la combinaison de tout cela. C’est donc le plus simple. Je suis sur LinkedIn si vous souhaitez me contacter ; il suffit de rechercher Sophia Mose, c’est facile à trouver.
JM : Parfait. Merci, Sophia. SM : Merci, Joel.
Nous y voilà, nous arrivons à la fin du podcast. Juste un petit rappel : si vous n’êtes pas encore inscrits à notre liste de diffusion et que vous souhaitez rester informés de nos autres initiatives, rendez-vous sur coachesrising.com et inscrivez votre nom dans le champ d’inscription prévu à cet effet. Vous y trouverez également certaines de nos autres offres, notamment nos formations en ligne destinées aux coachs. Je voudrais simplement terminer en vous souhaitant bonne chance, et je vous dis à la prochaine fois.
Convaincu que notre époque exige de nouvelles façons d’être, de diriger et de collaborer, le podcast « Coaches Rising » explore les fondements mêmes du coaching, en examinant en profondeur comment nous, en tant que coachs, pouvons contribuer à l’évolution de la conscience humaine.