Article publié dans le Substack de Lissa Rankin le 18 mars 2024, sous le titre : An Internal Family Systems Lens On Wounded Boundaries
Traduction : Nathalie Vandebeulque & Jean-Rémi Deléage avec l’aimable autorisation de l’autrice.
Un regard IFS sur les limites blessées – Bref rappel du modèle IFS.
Dans le dernier article, « Quatre manières courantes dont nous nous faisons du mal et faisons du mal aux autres avec des parts aux limites blessées », nous avons recensé les types de parts qui se développent fréquemment lorsque les limites d’un enfant ont été blessées. En IFS, toutes ces tendances seraient considérées comme des « parts ». Cela signifie qu’elles ne sont pas figées, qu’elles ne vous définissent pas, et que vous n’êtes pas obligé de vous sentir submergé ou étouffé par vos émotions en vous demandant si vous-même ou vos proches entrez dans ces catégories.
Nous pouvons tous nous sentir parfois submergés et paralysés lorsque nous réalisons que nous avons adopté des comportements autodestructeurs, que nous n’avons pas réussi à empêcher une personne qui violait nos limites de continuer à nous maltraiter, ou que nous avons blessé d’autres personnes par nos propres comportements portant atteinte à leurs limites. Mais l’IFS nous offre un certain soulagement face à cette intensité en nous aidant à comprendre que nous sommes davantage que nos parts. Toutes nos parts méritent amour, compréhension et guérison ; elles recèlent aussi des dons, des bénédictions et des qualités précieuses qui peuvent se révéler lorsque nous les libérons de leurs rôles extrêmes et que nous guérissons les parts traumatisées et chargées de fardeaux qui se trouvent sous ces rôles.
À travers cette perspective, vous pouvez avoir une part conciliante, une part contrôlante, une part non réactive et une part évitante. Vous pouvez même avoir des parts qui se sentent mal en lisant ces tendances associées aux personnes ayant des limites blessées. Vous pouvez reconnaître des éléments des quatre types de parts, ou avoir d’autres parts qui ne sont pas répertoriées ici. Certaines parts peuvent s’allier entre elles ou se liguer les unes contre les autres. Vous pouvez avoir des parts dont les limites ont été blessées et qui n’entrent dans aucune de ces catégories, car les parts sont si singulières.
L’intention n’est pas de nous faire honte ni de diaboliser une autre personne chez qui nous reconnaîtrions une part que nous n’avons pas. Toutes les parts liées aux limites peuvent guérir, se transformer et être libérées de leurs schémas douloureux, afin que leurs dons naturels puissent rayonner.
Quelles parts pouvons-nous avoir ? Examinons brièvement le modèle IFS.
Protecteurs préventifs — ou « managers »
Dans le modèle IFS, les parts sont soit des « protecteurs », soit des « exilés ». Certaines parts protectrices sont des « managers » : elles sont proactives. Elles tentent de vous protéger préventivement en écartant le danger. Pensez, par exemple, à la part Critique intérieure, à la part Perfectionniste, à la part Anxieuse, à la part Gardienne du temps, à la part Gestionnaire financière, à la part qui Catastrophise en imaginant le pire scénario possible. Dans le domaine des limites, pensez aux parts conciliantes qui cherchent à plaire aux autres, aux parts soignantes qui se négligent elles-mêmes, aux parts obsédées par le contrôle, etc.
Leur tâche principale consiste à former la première ligne de défense : elles protègent les parts « exilées », vulnérables, blessées, souffrantes ou traumatisées, afin d’éviter qu’elles soient déclenchées et ne suscitent des émotions extrêmement douloureuses susceptibles de vous mettre hors d’état de fonctionner. Leur plus grande crainte est que ces parts blessées, qui portent des fardeaux extrêmes de souvenirs traumatiques, d’émotions lourdes, de croyances douloureuses, de sensations corporelles inconfortables ou de pensées obsédantes, vous submergent et que vous ne puissiez plus fonctionner comme vous le devez.
Les parts préventives — les managers — ne réalisent pas que le Self peut mieux prendre soin de ces parts blessées qu’elles ne le peuvent elles-mêmes. En IFS, nous encourageons donc les managers à laisser le Self tenter de prendre soin des exilés à leur place, en devenant des « marchands d’espoir pour les parts sans espoir ». Lorsque nos managers apprennent à nous faire confiance, ils permettent à notre Self d’essayer de prendre les commandes à leur place.
Protecteurs extrêmes — ou « pompiers »
La ligne de défense suivante est constituée des parts protectrices dites « pompiers ». Alors que les managers sont proactifs et tentent d’écarter le danger en amont, les pompiers sont réactifs : ils interviennent lorsque les sirènes d’alarme se déclenchent, prêts à surgir, lances à eau déployées, pour éteindre les flammes émotionnelles qui pourraient s’élever des exilés chargés de fardeaux que nous avons cachés dans les cachots de notre psyché.
Ces pompiers se mobilisent comme renfort d’urgence lorsque les managers ne parviennent pas à maintenir efficacement les émotions douloureuses des exilés enfermées, réprimées et enfouies. Ils saisissent leurs outils de lutte contre l’incendie dès que quelqu’un — vous y compris — s’approche trop près de la souffrance ressentie par les exilés lorsqu’ils sont enfermés, généralement dans votre subconscient, hors de votre conscience, mais influençant néanmoins constamment vos comportements et vos expériences.
Les parts réactives extrêmes sont investies de rôles intenses, qui ne ressemblent souvent pas à de la protection et sont plus susceptibles d’être pathologisés par le monde médical et psychologique. Lorsque vous pensez aux pompiers, pensez à : une part addictive, une part enragée, une part porteuse d’un trouble alimentaire, une part abusive, une part qui fait des crises, une part dissociative, une part psychopathe, une part suicidaire, une part narcoleptique ou une part psychotique. Autrement dit… pensez à pratiquement tout ce qui figure dans le DSM-5 psychiatrique — le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux — créé par l’American Psychiatric Association pour catégoriser, diagnostiquer et standardiser le traitement des troubles psychiatriques.
Les pompiers extrêmes ne se manifestent pas uniquement sous forme de maladies psychiatriques. Ils peuvent aussi se manifester sous forme de maladies physiques — ou d’autres parts pouvant mobiliser une vulnérabilité physique de votre système afin de vous mettre à l’arrêt. Pensez à une part Migraine, une part Douleur dorsale, une part Fatigue chronique, une part Asthme, voire une part Cancer. Le modèle IFS ne suggère pas que ces maladies soient purement psychosomatiques. Il s’agit clairement de pathologies réelles du corps, et certaines maladies peuvent ne pas être liées aux parts. Toutefois, les parts peuvent aussi utiliser le corps pour attirer votre attention ou répondre aux besoins d’autres parts — par exemple, si vous avez besoin d’un symptôme médical pour vous aider à dire non parce que vous ne vous sentez pas capable de le faire autrement. Parce que des parts traumatisées peuvent dysréguler chroniquement le système nerveux et le maintenir dans un état perpétuel de combat, de fuite ou de figement, cette dysrégulation chronique peut avoir des effets importants sur le corps. Elle relie l’esprit et le corps à travers une maladie médicale bien réelle, qui peut avoir été déclenchée par le traumatisme mais qui s’est désormais pleinement inscrite dans le corps comme maladie organique.
Les parts conciliantes incapables de dire non, ou les parts évitantes qui ne vous autorisent pas à recevoir des soins, peuvent avoir besoin que le corps dise non à leur place ou vous force à accepter les soins d’autrui. Les parts contrôlantes ou non réactives, qui explosent lorsqu’une autre personne n’est pas totalement conciliante, peuvent aussi vous rendre malade. Pensez à l’avocat de type A ou au trader de Wall Street qui hurle et devient rouge de colère, le cœur tellement fermé et la tension artérielle tellement élevée qu’il devient vulnérable à l’infarctus. Les parts non réactives peuvent aussi ne pas répondre aux besoins des proches lorsqu’une personne porte des blessures d’attachement et vit une dissociation chronique. La part dissociative peut vous faire sortir de votre corps, état dans lequel il devient beaucoup plus difficile de s’accorder aux besoins d’autrui ou d’y répondre. Cette dissociation chronique et cette désincarnation peuvent également avoir des effets durables sur la santé du corps. Ainsi, guérir les blessures liées aux limites n’est pas seulement bénéfique pour vos relations et votre santé mentale : cela peut aussi être un véritable soin pour votre corps.
Parts blessées — ou « exilées »
Lorsqu’il est question de blessures liées aux limites, les parts qui peuvent être conciliantes, contrôlantes, non réactives ou évitantes peuvent être soit des managers, soit des pompiers. Le plus souvent, ce sont des parts managers proactives. Mais, comme vous l’avez probablement constaté, lorsque ces managers ne parviennent plus à maintenir des relations harmonieuses, des pompiers réactifs peuvent se trouver juste sous la surface, prêts à intervenir à la moindre provocation.
Pensez à la manière dont vous pourriez réagir si vous étiez « amalgamé » — terme IFS désignant le moment où une part prend le volant du bus intérieur, c’est-à-dire lorsqu’elle prend le dessus sur vous — avec une part conciliante excessivement soignante, qui facilite ou entretient les comportements des autres. Puis vous atteignez le point de rupture de votre ressentiment lorsque la personne dont vous vous occupez ne reconnaît pas vos efforts ou abuse une fois de trop de votre disponibilité. Vos parts passives-agressives peuvent alors basculer vers des pompiers franchement agressifs, qui jettent soudain une assiette à travers la pièce. Ou vous pouvez vous amalgamer à une part qui abandonne et quitte simplement votre partenaire sans avertissement, le laissant confus et dévasté. Les parts qui deviennent violentes ou qui partent brusquement sont généralement des pompiers, cachés juste sous la surface de parts managers plus socialement acceptables.
Peut-être vous reconnaissez-vous davantage dans des parts contrôlantes ou non réactives. Que se passe-t-il alors lorsque la personne que vous contrôliez avec succès se rebelle et que vous vous sentez perdre le contrôle ? Ou lorsque votre absence de réponse provoque la personne qui estime avoir droit à davantage de réactivité de votre part ? Alors, c’est le chaos. Vous perdez peut-être votre sang-froid, vous vous lancez dans une consommation excessive d’alcool, vous vous sentez soudain suicidaire, vous menacez de couper brutalement tout soutien financier à quelqu’un, ou vous vous enfermez dans une pièce en refusant d’en sortir. Ce seraient là des parts pompiers réactives.
Comment des parts qui adoptent des comportements potentiellement aussi nuisibles peuvent-elles croire qu’elles vous aident ? Pourquoi recourraient-elles à la violence, à l’abandon d’un proche, à la fuite, à l’anorexie, à une addiction, à l’automutilation, à la dissociation ou même au cancer pour tenter de vous protéger ? Parce qu’elles ne savent pas ce qu’elles font. Tant qu’il n’y a pas de leadership du Self, elles agissent comme des sous-personnalités autonomes dont le seul objectif est de veiller à ce que vous ne soyez pas submergé par les émotions douloureuses, les croyances et les souvenirs issus d’enfants intérieurs chargés de fardeaux, souffrants et enfermés, qui ont été exilés dans des cachots intérieurs, loin de votre conscience.
Même si vous pensez avoir eu une enfance idyllique, nous avons tous des parts vulnérables et blessées — des exilés. Personne n’échappe aux « fardeaux » que ces exilés portent. Nos exilés peuvent avoir des histoires et des blessures différentes, mais ils éprouvent souvent les mêmes sentiments douloureux : indignité, sentiment de ne pas être digne d’amour, sentiment de « ne pas être assez », honte, impuissance, détresse, impression d’être abîmé, brisé, ou conviction d’être fondamentalement défaillant. Parce que vos parts protectrices n’aiment pas les émotions suscitées par ces parts exilées, ni ce qu’elles ressentent lorsque ces exilés adhèrent aux croyances limitantes auxquelles ils s’accrochent, les protecteurs aggravent involontairement les problèmes. Ils enferment ces exilés dans une sorte de prison intérieure, où ils pleurent, crient et réclament sans cesse votre attention.
Plus la blessure est traumatique, plus les exilés déploient des moyens extrêmes pour attirer votre attention ; plus les protecteurs doivent donc devenir puissants. Les managers proactifs peuvent maintenir les choses sous contrôle pendant un temps. Mais, à mesure que les exilés deviennent plus difficiles à contenir et que les managers échouent à les maintenir sous couvercle, il peut être nécessaire de recourir aux pompiers réactifs pour neutraliser davantage ces parts intensément blessées. En IFS, les exilés sont généralement présentés comme des parts vulnérables, souvent jeunes, qui portent douleur, honte, peur, souvenirs et croyances négatives issus d’expériences de blessure.
Tout ce que veulent les parts exilées, c’est votre amour, votre attention, vos soins, votre compréhension. Elles veulent que vous écoutiez l’intensité de la souffrance qu’elles ont vécue et que vous soyez témoin du poids qu’elles portent en elles. Elles veulent que vous vous souveniez de ce qui leur est arrivé et que vous les reconnaissiez, plutôt que de repousser leurs émotions, leurs souvenirs et leurs croyances extrêmes. Elles veulent un allié qui les défende et les aime, non un geôlier qui les enferme et les réduit au silence.
Mais elles ont du mal à atteindre votre Self — celui qui peut les aider à guérir — parce que les deux lignes de protection, managers et pompiers, font de leur mieux pour vous empêcher même de vous souvenir de ces exilés doux, jeunes, vulnérables et blessés, de les ressentir ou de rester présent auprès d’eux. Ces exilés réclament l’amour de cette part qui n’est pas une part : le guérisseur intérieur, le thérapeute, le mentor, le parent et le Bien-Aimé divin intérieur, qui possède les ressources nécessaires pour guérir les parts blessées — si seulement vos parts protectrices apprennent à faire confiance au fait que votre Self peut prendre soin d’elles mieux que ces protecteurs-geôliers.
Autrement dit, pour apprendre à établir des limites relationnelles saines sans ériger des murs de béton rigides — lesquels ne tiennent pas nécessairement compte de l’autre personne et peuvent nous protéger précisément de l’intimité que nous désirons —, nous devons guérir nos managers, nos pompiers et nos exilés. Le Self peut alors nous aider à vivre nos relations d’une manière saine, en respectant les limites relationnelles : non seulement les nôtres, mais aussi celles des autres.
Comment faire ? Aucun manuel de règles sur les limites ne nous aidera à construire des relations saines, intimes, connectées et sûres tant que nos managers se contentent d’essayer de mémoriser et de réciter des règles censées nous éviter le danger. Beaucoup des ouvrages que j’ai lus sur les limites étaient remplis de ce genre d’injonctions : faites ceci, ne faites pas cela, utilisez les bonnes formulations, mémorisez le script, perfectionnez vos outils de communication. Mais si vous ne guérissez pas les exilés, savez-vous ce qui se produit lorsqu’ils s’embrasent ? Les managers et leurs règles parfaites apprises dans les livres sur les limites passent immédiatement par la fenêtre. Et, avant même de vous en rendre compte, vous franchissez de nouveau les limites de quelqu’un, ou vous laissez cette personne franchir les vôtres.
Nous avons besoin de davantage qu’un ensemble de règles dirigées par les managers si nous voulons réellement guérir nos limites blessées et améliorer nos relations. Peu importe combien vous surveillez votre ton, mémorisez des scripts ou suivez des règles : si vos limites ont été gravement blessées, vous risquez de vous retrouver exactement au point de départ dès qu’un déclencheur aigu survient dans une relation avec un proche.
Si nous voulons une guérison durable, nous devons apprendre à suffisamment bien connaître nos protecteurs pour gagner leur confiance, les aider à se détendre et apporter la guérison du Self aux exilés que protègent nos managers proactifs et nos pompiers réactifs. Ces exilés doivent être intégrés à la totalité de notre être, afin que nous puissions apprendre à être en relation, de Self à Self, avec des personnes elles aussi engagées dans la guérison et l’intégration de leurs propres parts. De cette façon, nous pouvons danser ensemble, avec les autres, dans le champ de l’amour du monde extérieur tout en préservant nos mondes intérieurs distincts, souverains, autonomes et guidés par le Self. Nous résistons ainsi à la tentation soit de fusionner avec les autres et de nous enchevêtrer dans une relation sans limites, soit de nous protéger de toute intimité en devenant des ermites trop effrayés à l’idée d’être dévorés par les relations, érigeant des murs-forteresses pour tenir l’intimité à distance.
La solution : décharger les exilés de leurs fardeaux
Bien que protéger les exilés au moyen de managers et de pompiers puisse contribuer, pendant un temps, à maintenir la sécurité de votre système familial intérieur, les garder enfermés demande énormément d’énergie. Toute l’énergie que vos protecteurs dépensent à maintenir les exilés sous contrôle pourrait être employée à la créativité, à l’auto-guérison, au service, à la connexion spirituelle, au jeu, à l’intimité avec les autres et à la vitalité en général.
Puisque cette énergie est absorbée par les protecteurs, vous pouvez vous sentir chroniquement fatigué, vidé, déprimé, anxieux, dépourvu d’inspiration, seul, spirituellement déconnecté ou malade. Il est donc logique que libérer les exilés grâce au « processus de déchargement » de l’IFS rende disponible toute cette énergie emprisonnée. Ce processus agit comme une forme de guérison énergétique ou de récupération chamanique de l’âme, libérant une force vitale supplémentaire afin qu’elle puisse opérer dans les autres domaines de votre vie.
Dans un monde idéal, pour les personnes qui ont les moyens de consulter un thérapeute en individuel et qui peuvent en trouver un disponible, le processus de déchargement est mieux facilité par un thérapeute IFS compétent. Mais, au fil du temps, il est possible de l’apprendre grâce à la pratique Write To Heal (« Écrire pour guérir »), que j’ai coélaborée avec Frank Anderson, MD, formateur principal en IFS et psychiatre formé à Harvard. J’enseignerai le modèle Write To Heal à Malte en novembre. Pour en savoir plus et poser votre candidature à l’atelier en présentiel, voir sur mon site.
Avec de l’expérience, certains praticiens IFS et clients en thérapie peuvent apprendre à pratiquer le processus de déchargement comme outil d’auto-accompagnement, ou avec une personne de soutien pair expérimentée en IFS. Décharger les exilés de leurs fardeaux exige d’obtenir la permission de tous les protecteurs qui vous empêcheraient — ou empêcheraient le thérapeute — d’accéder à l’exilé. Lorsque les protecteurs ont suffisamment confiance dans le fait que vous êtes guidé par le Self pour permettre à ce guérisseur intérieur d’entrer en contact avec les parts exilées, et que vous manifestez les « 8 C du Self » — curiosité, compassion, confiance, calme, créativité, clarté, courage et connexion — votre Self peut rassurer la part exilée : le vrai VOUS est enfin là. Une fois que le Self et l’exilé entrent en contact, se lient et se retrouvent, une fois que tous les managers et les pompiers ont donné leur bénédiction et se sont quelque peu retirés, le processus de déchargement peut commencer.
Cela permet de traiter véritablement la blessure sous-jacente liée aux limites. Tant que les traumatismes ayant causé cette blessure ne sont pas traités, lire des livres sur les limites, s’efforcer de respecter les règles ou suivre les conseils d’un thérapeute ne suffit pas à soutenir pleinement une intimité relationnelle accompagnée de limites saines. Les règles que vos managers apprennent dans les livres portant sur les limites, la communication saine et la gestion des déclencheurs risquent toujours d’être abandonnées dès que des pompiers prennent le contrôle, prêts à trahir les règles parce que les flammes émotionnelles de vos exilés se rallument.
C’est donc la conditio sine qua non de la guérison de vos limites blessées. En guérissant à la racine de la façon dont nos limites ont été blessées pour la première fois — généralement durant les étapes développementales de l’enfance que nous n’avons pas pu traverser comme nous l’aurions dû — nous pouvons commencer à modifier nos comportements. Non en mémorisant une multitude de règles, mais en devenant intimes avec les exilés et en les guidant depuis le Self, un exilé guéri après l’autre. Même si la plupart des personnes ne peuvent pas décharger leurs propres exilés de manière sûre ou efficace sans l’aide d’une communauté de pratique ou d’un facilitateur expert en individuel, examinons ce que comprend ce processus, afin que vos parts curieuses ne se sentent pas frustrées ou ne restent pas éternellement à se demander ce qu’il en est.
Les étapes du déchargement
Étape 1 : se détendre et gagner la confiance des parts protectrices
Les managers et les pompiers, y compris ceux qui peuvent porter des blessures liées aux limites — telles que les parts conciliantes, contrôlantes, non réactives, évitantes ou d’autres parts participant à des relations sans limites — ne souhaitent généralement pas que le déchargement des exilés ait lieu. En IFS, nous ne brutalisons pas, ne contraignons pas et ne faisons pas honte aux protecteurs intérieurs, car cela ne fait que les renforcer et amplifier les comportements nuisibles. La seule approche qui fonctionne consiste à aller à la rencontre de ces protecteurs, à découvrir ce qui les effraie, à comprendre pourquoi ils pensent nous protéger et pourquoi ils se comportent de cette façon, même lorsque leurs comportements peuvent, d’une manière ou d’une autre, nuire à notre santé, à nos relations ou à notre sécurité.
Nous posons aux protecteurs les 6 F de l’IFS :
1. Find : trouver
2. Focus : porter son attention
3. Flesh out : donner corps
4. Feel toward : ressentis envers
5. Befriend : se lier d’amitié
6. Fears : peurs
TROUVER. Trouvez la part protectrice dans votre corps, sur votre corps ou autour de votre corps. Ce sera votre « départ de sentier » pour l’exploration. Si un traumatisme développemental précoce a été grave et que vous vivez dans un état chronique de désincarnation ou de dissociation, il peut être impossible de localiser la part dans votre corps. D’autres pratiques d’incarnation somatique ou méthodes de guérison somatique peuvent alors être nécessaires avant de poursuivre. Vous pouvez aussi essayer de travailler avec la part qui vous maintient hors de votre corps ou qui vous dissocie, en la considérant comme une part protectrice.
PORTER SON ATTENTION SUR. Portez votre attention sur la part dans votre corps. En habitant votre énergie de Self, tournez votre attention vers elle et faites-lui savoir que vous êtes avec elle et que vous êtes curieux de comprendre comment elle pense vous protéger.
DONNER CORPS. À quoi ressemble ce protecteur ? Comment le ressentez-vous ? Quelle odeur a-t-il ? Quel son produit-il ? Quelles émotions porte-t-il ? A-t-il une image, un nom ou un âge ? Jusqu’où vous permet-il de vous approcher ?
Évaluez ce que vous RESSENTEZ ENVERS cette part. C’est votre boussole pour estimer la quantité d’énergie de Self présente. Si vous n’aimez pas cette part, trouvez la part qui ne l’aime pas et demandez-lui de se mettre de côté. Votre Self peut être curieux de toute part sans jugement, mais certaines parts se polarisent contre d’autres. Veillez donc à protéger la part qui se révèle à vous des autres parts qui pourraient l’attaquer. Une fois qu’une part polarisée s’est mise de côté, vérifiez de nouveau ce que vous ressentez envers la part. Si toutes les parts sont détendues, vous ressentirez un ou plusieurs des « 8 C du Self » : curiosité, compassion, clarté, calme, confiance, connexion, courage et créativité.
SE LIER D’AMITIÉ. Liez-vous d’amitié avec la part protectrice en faisant preuve de curiosité et en cherchant à en apprendre davantage sur elle. Engagez une série de questions afin de gagner sa confiance, dans le cadre de ce processus d’alliance.
Questions pour connaître vos protecteurs
– Comment cette part a-t-elle obtenu ce rôle ?
– Dans quelle mesure est-elle efficace dans ce rôle ?
– Si elle n’avait pas à assumer ce rôle, que ferait-elle à la place ?
– Quel âge a cette part ?
– Quel âge pense-t-elle que vous avez ?
– Que veut-elle encore vous faire savoir ?
– Que souhaite-t-elle pour vous ?
Demandez à cette part ce qu’elle CRAINT. La réponse à cette dernière question révèlera souvent un exilé. Habituellement, la plus grande crainte des protecteurs est que les émotions extrêmes de l’exilé submergent le système et vous rendent incapable de fonctionner dans votre travail, d’assumer vos responsabilités parentales, etc. Ils redoutent que, si vous étiez véritablement confronté à tous ces sentiments de honte, d’indignité, d’impuissance, de terreur, de perte de pouvoir, de chagrin et de tristesse, vous vous effondriez complètement sans jamais vous en remettre.
Lorsqu’une part révèle ce qu’elle craint de voir se produire si elle cessait de faire ce qu’elle fait — se conformer, contrôler, ne pas répondre, éviter, etc. —, nous laissons le Self valider qu’il est compréhensible qu’elle ait agi ainsi pendant si longtemps. Nous pouvons même être touchés au point de remercier cette part d’avoir travaillé si dur, si longtemps, pour tenter de nous garder en sécurité. Nos protecteurs sont généralement épuisés, surtout nos managers fatigués. Lorsqu’ils sont reconnus et appréciés pour leur travail acharné, ils se sentent souvent reconnaissants et ouverts de cœur. Il m’arrive de dire à mes managers que non seulement je ne vais pas les licencier, mais que je vais leur accorder une augmentation et une prime, ainsi qu’un congé sabbatique, afin qu’ils puissent prendre le repos dont ils ont grand besoin. Les pompiers, en revanche, ont si souvent l’habitude d’être brutalisés et couverts de honte que cela leur procure un immense soulagement de recevoir de l’amour et de la compréhension pour les raisons qui les poussent à agir ainsi — même si leurs comportements nous blessent, nuisent à nos relations ou peuvent même être abusifs.
Lorsque les protecteurs comprennent que vous n’allez ni leur faire honte, ni les brutaliser, ni les diaboliser, ni chercher à vous en débarrasser, ni les contraindre de quelque façon que ce soit à cesser ce qu’ils font, nous pouvons devenir des « marchands d’espoir pour les parts sans espoir ». Nous leur faisons simplement savoir que le Self peut guérir les exilés et qu’ils n’auront alors plus besoin de travailler aussi dur. Nous les rassurons : le Self peut mieux veiller à ce que les exilés ne submergent pas le système. Nous leur précisons que personne ne les forcera à partir : ils peuvent demeurer dans notre système familial intérieur et être réaffectés à d’autres fonctions qui leur plairaient peut-être davantage. Nous gagnons leur confiance et essayons d’assouplir leur emprise sur nous, en les réconfortant, en leur exprimant notre gratitude pour tous les efforts déployés afin de nous protéger, et en les rassurant que personne ne les forcera à changer. Nous promettons de ne pas laisser des managers tyranniques chercher à les discipliner pour qu’ils fassent mieux. Nous leur disons que leur coopération est entièrement volontaire et que nous n’approcherons pas les exilés avant qu’ils aient tous donné leur accord. Nous nous assurons ensuite, de manière systématique, que tous les protecteurs sont consentants avant de passer à l’étape suivante. Sinon, nous risquons un « retour de bâton » : des pompiers qui redoublent d’efforts pour nous punir d’avoir approché des exilés que nous n’avions pas pleinement la permission d’approcher et de guérir. Cette logique — approcher les protecteurs avec curiosité, compassion et reconnaissance plutôt qu’avec jugement ou contrainte, et établir leur confiance avant d’accéder aux exilés — correspond aux descriptions courantes de la pratique IFS.
Étape 2 : être témoin
Le déchargement commence toujours par s’assurer que toutes les parts protectrices — managers et pompiers — donnent leur consentement au déchargement. Le Self, ou le Self accompagné d’un thérapeute IFS ou d’une communauté de pratique, ne poursuit pas plus avant tant que tous les protecteurs ne se sont pas détendus, n’ont pas fait de la place et n’ont pas donné leur bénédiction pour permettre le déroulement du déchargement.
Lorsque l’exilé s’est manifesté, le Self s’approche de cette part avec au moins de la curiosité, et idéalement aussi avec compassion, calme, connexion, clarté, confiance, courage et créativité — les autres qualités parmi les 8 C du Self. Si autre chose que ces qualités aimantes apparaît, il s’agit probablement d’une autre part protectrice ; il faut alors s’en occuper avant de poursuivre, en revenant à la première étape.
Le Self négocie ensuite avec l’exilé afin de s’assurer que celui-ci accepte de ne pas submerger le système avec une quantité d’émotion supérieure à ce que le système nerveux peut supporter. Les exilés acceptent habituellement volontiers ces conditions, car ils sont tout simplement heureux de sortir enfin de leur prison intérieure et de recevoir l’occasion d’être vus, entendus, rejoints dans l’accordage, reconnus et libérés de leur enfermement. Si l’exilé accepte les conditions, le Self devient alors témoin de ce qu’il a traversé : il écoute ou observe l’exilé partager des retours de souvenirs, des images, des émotions, des croyances, des sensations corporelles ou tout autre élément dont l’exilé souhaite que le Self soit témoin.
Pendant ce processus, le Self continue de vérifier auprès des parts que le rythme est suffisamment lent et que le système nerveux reste régulé, sans risque de débordement. Il valide, rassure et fait savoir à l’exilé qu’il comprend, que tout cela a du sens. Il réconforte, co-régule et apaise la part exilée selon ses besoins, lui offrant une expérience nouvelle, radicalement différente de l’expérience douloureuse vécue à l’origine. Sur le plan neurologique, c’est à ce moment que les voies neuronales deviennent malléables et que d’anciens souvenirs peuvent être remplacés par de nouveaux souvenirs plus positifs, reconfigurant les voies neuronales par neuroplasticité et neutralisant ainsi le souvenir passé.
Chaque fois que l’exilé semble avoir terminé, le Self demande : « Y a-t-il autre chose ? », jusqu’à ce que l’exilé se sente complet et confirme que le Self comprend réellement ce qu’il a vécu. Lorsque l’exilé exprime ce sentiment d’achèvement, il est invité à vivre une « réparation dans la scène du passé » (Redo en IFS) dans son monde intérieur.
Étape 3 : réparer l’expérience du passé
Lorsque l’exilé vous a montré tout ce qu’il souhaitait montrer, le Self propose d’entrer dans la scène du passé et de participer à ce qui aurait dû se produire, du point de vue de l’exilé. Par une forme d’imagination active dans votre vision intérieure, vous refaites la scène en suivant les indications de l’exilé et en donnant à ce petit être ce dont il ou elle avait réellement besoin — ce qui n’a pas eu lieu à l’époque, mais peut avoir lieu maintenant. Dans le monde intérieur, tout est possible. Si l’exilé souhaite que vous vous battiez, tuiez quelqu’un ou accomplissiez un acte de sauvetage héroïque impossible, le Self le fait. Réparer la scène dans le monde intérieur ce dont l’exilé a besoin ne cause aucun dommage dans le monde extérieur. Il faut aussi veiller à ce que les parts Contournement spirituel, les parts qui voudraient pardonner de façon prématurée ou les parts religieuses restent en dehors de ce processus. L’exilé est autorisé à ressentir tout ce qu’il ressent, et la tâche du Self consiste à le protéger des parts qui voudraient édulcorer cette réparation intérieure ou trouver des excuses à la personne abusive ou négligente. Un pardon authentique peut venir après le déchargement de l’exilé, non en plein milieu du processus. Si l’exilé déteste sa mère et veut battre son père, laissez-le haïr et laissez le Self battre le père dans le monde intérieur.
Dans le cas de parts aux limites blessées qui deviennent conciliantes, contrôlantes, non réactives ou évitantes, la réparation intérieure peut inclure une expérience opposée et réparatrice de l’étape du développement de l’enfance qui a été interrompue. Peut-être la part a-t-elle besoin de faire l’expérience d’un accordage sain avec le parent, afin que ses besoins puissent être satisfaits dans le monde intérieur. Peut-être faut-il lui permettre de prendre plus de risques ou de s’affirmer davantage en testant les limites, si l’enfant a été surprotégé. Ou peut-être s’agit-il de laisser le Self poser des limites plus strictes et prévoir davantage de mesures de sécurité, afin que l’exilé se sente en sûreté et bien protégé. Les autres parts n’auront alors plus besoin de passer le reste de leur existence à tester les limites ou à se rebeller contre l’autorité. Il peut aussi s’agir de permettre à l’enfant parentifié de redevenir un enfant, afin que les parts soignantes puissent se détendre. Le Self peut alors devenir le parent de l’exilé et lui apporter les soins que cet enfant méritait de recevoir d’un parent intérieur.
Ce processus peut être très tendre et ouvrir le cœur : le Self retrouve les parts enfantines blessées et ne crée pas seulement une connexion, mais un lien authentique, aimant et intime, de Self à exilé. Cela peut ressembler à un coup de foudre, comme celui que l’on peut ressentir en rencontrant un partenaire amoureux, à ceci près que cet amour ne peut pas être perdu : le Self et les parts n’ont jamais à se séparer, même dans la mort. Ainsi, comme le dit Dick Schwartz, fondateur de l’IFS : « Vous êtes la personne que vous attendiez. » Ce lien du Self aux parts est ce qui comble le vide que de nombreuses relations sans limites — ou les addictions — tentent en vain de combler.
Étape 4 : ramener l’exilé dans le présent
Lorsque l’expérience correctrice est achevée, le Self évacue l’exilé de ce lieu du passé où il était resté bloqué et l’emmène dans un endroit paisible et reposant. L’exilé indiquera où il souhaite aller — dans un lieu réel ou imaginaire — pour se sentir en sécurité, tenu, nourri et en paix. J’ai rencontré des exilés qui souhaitaient s’asseoir sur des nuages avec des chérubins au paradis, se baigner dans les sources chaudes de l’Esalen Institute, ou se balancer sur une balançoire chez leur grand-mère. Où qu’ils souhaitent aller, vous les y emmenez : par tapis volant, en hélicoptère, par téléportation, ou de toute autre manière qui leur convient.
Étape 5 : décharger l’exilé
Une fois que l’exilé est installé en sécurité dans son nouveau lieu, libéré de l’endroit du passé où il était resté prisonnier, le Self lui demande s’il est prêt à se libérer de tous les lourds fardeaux d’émotions, de croyances fondamentales négatives, de sensations corporelles et de souvenirs douloureux. Le Self invite l’exilé à se défaire de toute la toxicité qui est restée figée dans le système nerveux depuis l’événement traumatique initial. Votre exilé sera généralement heureux de remettre ces fardeaux aux éléments — le vent, l’eau, le feu, la terre, la lumière — ou de s’en libérer selon toute autre modalité de lâcher-prise. À ce stade, des techniques de psychologie énergétique telles que l’Advanced Integrative Therapy (AIT) peuvent également être utiles pour libérer plus systématiquement du corps, sur le plan énergétique, les croyances fondamentales négatives.
Étape 6 : inviter les qualités
Vous invitez l’exilé à accueillir de nouvelles qualités positives et soutenantes, afin de remplir l’espace créé par le déchargement. Là encore, des techniques de psychologie énergétique telles que l’AIT peuvent être utiles pour installer de nouvelles croyances positives réalistes, qui n’ont peut-être pas pu se développer en raison du traumatisme, et pour ancrer ces nouvelles croyances dans le corps sur le plan énergétique.
Étape 7 : prendre des nouvelles des protecteurs
Une fois que l’exilé est en sécurité dans son nouveau lieu, avec ses qualités et ses fonctionnements nouvellement installés, les protecteurs qui se sont mis de côté afin de donner au Self la permission d’offrir guérison et déchargement à l’exilé sont invités à venir voir comment il va. Habituellement, l’exilé est assez détendu, voire dans un état de félicité, et les protecteurs se sentent heureux, soulagés, peut-être même surpris de constater que le Self a réussi à libérer l’exilé de l’endroit du passé où il était bloqué, sans submerger ni inonder le système nerveux d’une manière qui vous rendrait incapable de fonctionner.
Étape 8 : assurer le suivi des exilés
Parce que les voies neuronales qui ont été ouvertes deviennent temporairement malléables et disponibles pour la reconsolidation de la mémoire, les exilés peuvent revenir dans des lieux du passé où ils étaient bloqués, à moins que le Self ne s’engage à se présenter auprès d’eux avec amour et constance, chaque jour pendant trente jours, sous la forme d’une sorte de prise de nouvelles dans le monde intérieur. Habituellement, si l’exilé retourne dans le passé, c’est parce que quelque chose n’a pas été suffisamment reconnu ou accueilli, et qu’il a peut-être encore quelque chose à partager. Dans ce cas, le processus recommence avec ce qui reste à reconnaître.
Si l’exilé reste heureusement détendu dans son nouvel environnement, une simple méditation quotidienne de prise de nouvelles — en demandant à l’exilé ce dont il pourrait avoir besoin de la part du Self ce jour-là — aide à ancrer et sécuriser la guérison, et à reconfigurer la voie cérébrale qui a été modifiée sur le plan neurologique. Le Self peut offrir des câlins, de l’amour, du réconfort, une glace, un tour de balançoire — tout ce dont cette part peut avoir besoin tandis qu’elle s’intègre au système et trouve son chemin vers la guérison. C’est un peu comme gagner la confiance d’un enfant placé qui ne vous connaît peut-être pas bien, mais désire désespérément être aimé.
Cette prise de nouvelles quotidienne ancre de nouvelles voies neuronales et, idéalement, le processus de guérison et d’intégration de cet exilé particulier s’achève. De nouvelles voies neuronales se créent alors autour d’un souvenir réparateur qui remplace le souvenir traumatique : le souvenir originel n’est pas oublié, mais sa charge énergétique et émotionnelle intense est neutralisée. Lorsque cela se produit, les dons naturels portés par chaque exilé sont libérés et peuvent enrichir le système de qualités auparavant refoulées : imagination, légèreté, créativité, joie de vivre, ainsi que d’autres dons précieux qui ont pu être enfouis à cause du traumatisme. Les descriptions usuelles de l’IFS présentent bien le travail avec un exilé comme une séquence pouvant inclure le témoignage, une expérience correctrice, le retour de la part vers un lieu sûr, le déchargement de ses fardeaux et son intégration au système.
Ancrer une nouvelle manière d’être guidé par le Self
Les parts protectrices, y compris les parts conciliantes, contrôlantes, non réactives ou évitantes — ainsi que les pompiers avec lesquels elles peuvent se polariser — apprennent progressivement que le Self protège mieux les exilés qu’elles ne le font elles-mêmes, elles qui sont généralement de jeunes parts. Les parts finissent par comprendre qu’elles n’ont pas besoin de discipliner, de brutaliser, de harceler ni même d’attaquer les parts aux limites blessées pour les soumettre, dans le but d’éviter les dommages qu’elles pourraient causer dans des relations sans limites. Comme toute personne ayant essayé de lutter contre des pompiers hors de contrôle — par exemple des parts addictives ou violentes — peut en témoigner, la seule force de volonté des managers ne suffit généralement pas à maintenir un changement durable.
Diaboliser nos parts ne fait le plus souvent qu’intensifier leurs comportements extrêmes.
Pourquoi ? Parce qu’elles pensent sincèrement qu’elles vous aident — et, d’une certaine manière que vous ne comprenez peut-être pas encore, elles le font. Le but du leadership du Self est de permettre au Self de devenir intime avec l’ensemble de vos parts et d’accomplir ce processus de déchargement avec tous les exilés dont vos protecteurs prennent soin. Ce n’est qu’alors qu’il devient possible d’entrer dans des relations guidées par le Self avec d’autres personnes elles aussi guidées par le Self, capables de négocier leurs besoins, désirs, souhaits, peurs et aversions. Deux personnes peuvent alors déterminer ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas — ce que l’autrice appelle les « Limites 2.0 » — de manière juste, bienveillante, respectueuse et attentive au système familial intérieur des deux personnes.
Si vous souhaitez approfondir la question des limites éclairées par l’IFS, vous pouvez vous inscrire ici au programme en ligne autonome Heal Your Wounded Boundaries (« Guérir vos limites blessées »). Pour en savoir davantage sur une approche IFS de la guérison des limites blessées, vous pouvez également devenir abonné payant afin d’accéder aux contenus que l’autrice publie à partir de son manuscrit inédit, The Boundaries Handbook (« Le Manuel des limites »).