Article publié dans Max Littman Publications le 19 janvier 2025, sous le titre : The Weaponization of Self in the IFS Community: Reconnecting to the Heart of IFS.
Traduction : Nathalie Vandebeulque & Jean-Rémi Deléage, avec l’autorisation de l’auteur.
L’instrumentalisation du Self au sein de la communauté IFS : Se reconnecter au cœur de l’IFS
En tant que praticiens IFS, nous connaissons intimement le concept de Self — cette essence fondamentale, compatissante, sage et curieuse. C’est l’énergie présente en nous et autour de nous, qui porte le potentiel de guérir, de créer du lien et de guider avec clarté et une compassion infinie. Pourtant, dans certains milieux de la communauté IFS, le concept de Self a été instrumentalisé. L’expression « instrumentalisation du Self » a été forgée et portée à l’attention de la communauté par Natalie Gutiérrez, thérapeute IFS, formatrice, consultante, conférencière et autrice. Au lieu d’être comprise comme la force d’ancrage et de restauration qu’elle est censée représenter, la notion de Self est parfois utilisée de manière à alimenter la division, le jugement et une norme irréaliste de leadership « parfait » du Self. Cet article examine les conséquences de ce phénomène et propose des pistes pour que nous puissions, ensemble, créer une culture dans laquelle le Self et les parts sont valorisés à égalité, avec soin et respect pour tous les membres de notre communauté IFS et, plus largement, de notre communauté humaine.
L’instrumentalisation du Self : un problème pour les individus comme pour la communauté
L’instrumentalisation du Self dans l’IFS se produit lorsque ce concept est utilisé pour critiquer, juger ou se séparer des autres — en particulier d’autres praticiens IFS ou de clients. Je suis certain d’avoir moi-même utilisé le concept de Self de cette manière, dans ma relation avec mon propre système comme avec les autres. Dans ces cas-là, l’idée de Self se trouve détournée de sa qualité inhérente de présence guérisseuse et compatissante ; elle devient au contraire une norme à laquelle les individus sentent devoir constamment aspirer. Lorsque le Self est placé sur un piédestal, cela conduit souvent à une hiérarchie où certains praticiens se sentent « davantage guidés par le Self » que d’autres. Cela peut créer une culture limitée, restrictive et culpabilisante, dans laquelle celles et ceux qui ont le sentiment de ne pas incarner le Self de la « bonne » manière se sentent inadéquats, indignes, voire exclus du processus de guérison.
Les conséquences néfastes de cette instrumentalisation du Self peuvent être particulièrement décourageantes pour les personnes qui découvrent l’IFS ou cherchent à s’y former. Elle peut créer une atmosphère de compétition et de honte, plutôt qu’un climat de curiosité, de croissance et de collaboration. Au lieu d’encourager les personnes à explorer leurs parts et à les aider à guérir, elle peut les amener à dissimuler certains aspects d’elles-mêmes, avec le sentiment qu’elles doivent donner en permanence l’image d’une personne « guidée par le Self » ou « dans le Self ». Cela sape les principes mêmes de l’IFS : nous savons que les parts ne sont pas faites pour être réprimées ou niées, mais pour être accueillies et comprises.
Les racines de l’instrumentalisation : exilés et protecteurs
Pour comprendre pourquoi certaines personnes peuvent en venir à instrumentaliser le Self, on peut se tourner vers la dynamique entre les exilés chargés de fardeaux et leurs protecteurs. Rappelons que les exilés sont des parts de nous qui portent une douleur émotionnelle, souvent liée à des sentiments de honte, de peur, d’indignité ou d’impuissance. Ces parts peuvent se sentir marginalisées ou abandonnées. Lorsqu’elles ne reçoivent pas les soins dont elles ont besoin, elles activent des protecteurs : des parts qui tentent de nous préserver des émotions douloureuses au moyen de comportements préventifs ou réactifs.
Lorsque le concept de Self devient une source de jugement, c’est souvent parce que ces parts exilées ont été activées inconsciemment. Par exemple, un formateur, un praticien, un étudiant, un assistant de formation ou un consultant peut se sentir indigne ou coupé de son sentiment de connexion au Self, ce qui le conduit à adopter une posture réactive et défensive. Une part protectrice peut alors commencer à projeter ce sentiment de déconnexion sur les autres, en utilisant le concept de Self pour se placer au-dessus d’eux et « prouver » sa propre valeur. Cela peut prendre la forme de critiques intérieures ou de jugements extérieurs adressés à celles et ceux qui sont perçus comme n’incarnant pas le Self de manière suffisamment « pure ». Dans ce contexte, ce qui est précisément libérateur — l’idée que toutes les parts ont de la valeur et peuvent faire l’expérience d’une intégration grâce à la présence compatissante du Self — devient une arme qui sème la distance et la division au nom de la protection personnelle.
Le sentiment de ne pas appartenir au groupe peut être particulièrement déclencheur pour les personnes dont les exilés portent des fardeaux liés à l’acceptation, au sentiment de valeur ou au lien avec les autres. Chez elles, la peur de ne pas être acceptées au sein de la communauté IFS peut alimenter le besoin de s’accrocher à une version idéalisée du Self. Cela peut encore approfondir la fracture intérieure et extérieure, empêcher l’harmonisation entre les parts comme entre les personnes, et entraver le processus de guérison, tant sur le plan individuel que collectif.
Le mythe d’une présence intégrale du Self
Dans la communauté IFS, l’énergie du Self est souvent présentée comme l’étalon-or de la guérison et du lien : un phare de calme, de curiosité, de compassion et de courage. Cet idéal est inspirant, mais il importe de reconnaître qu’être entièrement dans l’énergie du Self est non seulement rare, mais peut-être aussi un objectif peu utile et irréaliste. La vie est dynamique, désordonnée et faite de multiples couches ; nous le sommes aussi.
Je pense que rares sont les personnes qui agissent entièrement depuis l’énergie du Self. Les parts sont toujours présentes : elles nous guident, nous protègent et, parfois, nous mettent au défi. Elles constituent une dimension naturelle et essentielle de notre humanité. Comme le dit Pam Krause, formatrice principale en IFS : « Le Self est notre âme, et les parts sont notre humanité ». Chercher à atteindre un état d’énergie du Self pure peut, sans le vouloir, créer de la pression ou renforcer les fardeaux de parts qui se sentent inadéquates ou « mauvaises » lorsqu’elles se manifestent. Cette quête peut également conduire au contournement spirituel : le travail, complexe et parfois désordonné, qui consiste à entrer en relation avec les parts est alors relégué au second plan au profit d’une version idéalisée du calme ou de la compassion.
Plutôt que de s’efforcer d’atteindre un état insaisissable d’énergie du Self pleinement présente, il peut être plus utile de cultiver une conscience de l’équilibre entre le Self et les parts. Par exemple : quelle quantité d’énergie du Self est présente en ce moment ? Quelle quantité d’énergie des parts est présente ? Porter une curiosité attentive sur cette interaction nous permet de remarquer ce qui se passe à l’intérieur, sans jugement ni volonté de réparer quoi que ce soit. Cette conscience est en elle-même un acte de leadership du Self : elle invite les parts à entrer en relation, au lieu de chercher à les exiler.
Dans la pratique, cela signifie normaliser la présence des parts tout en préservant un espace où l’énergie du Self peut émerger et guider. Par exemple, dans un moment de conflit, une part peut activer de la frustration ou une attitude défensive, tandis que l’énergie du Self peut apporter de la curiosité pour le point de vue de l’autre personne. Ces deux énergies sont présentes, et toutes deux ont quelque chose à apporter. L’objectif n’est pas d’effacer la réaction de la part, mais de laisser l’énergie du Self prendre les devants dans notre façon de répondre et d’entrer en relation.
Cette approche peut aider à démystifier l’énergie du Self et à la rendre plus accessible à tous. Ce n’est pas un sommet lointain qu’il nous faudrait gravir, mais une ressource qui entre et sort de notre conscience. Reconnaître ce mouvement de flux et de reflux peut être profondément libérateur, tant pour les clients que pour les praticiens. Cela déplace l’attention : il ne s’agit plus de tendre vers la perfection, mais d’accueillir notre pleine humanité, avec toutes ses parts.
Les multiples dimensions de l’énergie du Self
L’énergie du Self est à la fois universelle et profondément personnelle. À sa source, elle porte des qualités telles que la compassion, la curiosité et le calme ; pourtant, la façon dont ces qualités sont vécues et exprimées varie considérablement d’une personne à l’autre. Chez l’une, l’énergie du Self peut se manifester comme une confiance intérieure tranquille ; chez une autre, elle peut rayonner sous la forme de chaleur et de générosité dans les relations. Cette diversité est l’un des plus beaux aspects de l’énergie du Self : elle s’adapte à l’unicité de chaque personne.
Pour certaines personnes, la connexion au Self ressemble à une immobilité profonde et stable, à une réserve de paix qui les recentre même au cœur du chaos. Pour d’autres, elle peut s’animer sous la forme de créativité ou d’une étincelle joueuse, leur donnant l’élan d’aborder les difficultés avec inventivité et optimisme. Elle peut être subtile, comme une intuition discrète qui oriente les décisions, ou plus affirmée, comme une poussée de courage qui inspire l’action face à la peur.
Les contextes culturels, relationnels et personnels façonnent aussi la manière dont l’énergie du Self s’exprime. Par exemple, une personne élevée dans une culture collectiviste pourra ressentir son énergie du Self avec le plus de force lorsqu’elle contribue au bien-être de sa communauté. Une personne issue d’un milieu davantage individualiste pourra, elle, la vivre comme un sentiment de puissance personnelle et d’authenticité. De même, des parts portant des fardeaux de honte ou de peur peuvent initialement influencer la facilité avec laquelle une personne accède à l’énergie du Self et l’incarne. Son chemin vers elle est alors singulier.
Cette variabilité nous rappelle que l’énergie du Self n’est pas un état uniforme, applicable de la même manière à tous, mais une force infiniment adaptable. Elle honore l’individualité de chacun tout en portant une capacité universelle de lien, de guérison et de croissance. Reconnaître ces différences aide les thérapeutes comme les individus à apprécier les multiples façons dont l’énergie du Self peut se manifester dans le monde — et en nous-mêmes.
Traverser l’activation sans instrumentaliser le Self
Si le comportement d’une autre personne vous active, que ce soit au sein de la communauté IFS ou ailleurs, il peut être extrêmement utile — et, à terme, réparateur — de faire une pause et d’observer ce qui se passe en vous avant de porter un jugement. Dick Schwartz en parle beaucoup dans son livre You Are the One You Have Been Waiting For (Votre plus belle histoire d’amour c’est vous) : il appelle cela le « demi-tour » (U-turn).
Cette pratique est également développée par Toni Herbine-Blank dans son modèle IFIO, c’est-à-dire une approche IFS conçue pour le travail avec plus d’une personne. La tendance à instrumentaliser le Self contre les autres apparaît souvent lorsque nos propres parts sont activées. Lorsque les actions ou les paroles de quelqu’un nous déclenchent, cela reflète fréquemment le fait que certaines de nos parts exilées se sentent en insécurité, invisibles ou incomprises.
Voici quelques étapes possibles lorsqu’on se sent activé :
- Reconnaître l’activation. Comprenez que votre réaction intérieure n’est pas une vérité inhérente sur l’autre personne, mais le reflet de vos propres parts. Cette prise de conscience constitue le premier pas pour retrouver l’énergie du Self et sortir d’un mode réactif.
- Identifier vos parts. Prenez le temps d’entrer en contact avec les parts qui ont été déclenchées. S’agit-il de parts qui se sentent indignes, rejetées ou inadéquates ? S’agit-il de protecteurs qui tentent d’empêcher une vulnérabilité ? En reconnaissant ces parts, vous pouvez les aider à se sentir entendues sans les laisser diriger votre réponse.
- Rester ancré dans la compassion. Rappelez-vous que toutes les parts, y compris celles qui sont activées en vous, ont besoin d’amour et de compassion. Avant de réagir à quelqu’un, il est essentiel de vous accorder à votre propre expérience intérieure. Vous pourrez alors aborder l’autre avec empathie et curiosité plutôt qu’avec jugement.
- Remettre en question le besoin de « réparer » les autres. Dans la communauté IFS, il peut être tentant d’évaluer sans cesse si les autres sont ou non dans l’énergie du Self. Cette tendance peut nourrir un sentiment de supériorité et une attente irréaliste de perfection. Vous pouvez plutôt vous concentrer sur notre humanité partagée et sur l’idée que chacun suit son propre chemin. L’objectif n’est pas de « réparer » les autres, mais de marcher à leurs côtés avec compréhension.
Faire évoluer la culture : accueillir tout le spectre du Self et des parts
Pour répondre aux effets néfastes de l’instrumentalisation du Self et créer une communauté IFS plus saine et plus inclusive, nous pouvons œuvrer ensemble à faire évoluer notre culture. Voici quelques pistes pour créer un environnement dans lequel le Self et les parts sont valorisés à égalité :
- Normaliser la présence des parts. Plutôt que d’idéaliser le Self comme l’état « parfait », encourageons des conversations qui reconnaissent la complexité de l’expérience humaine. Les parts ne sont pas des obstacles au Self : elles sont des dimensions constitutives de ce que nous sommes. Valoriser les parts — exilés et protecteurs, parts chargées de fardeaux comme parts libérées de leurs fardeaux — nous permet d’apporter davantage d’humilité, de compassion et d’ouverture dans notre travail avec les autres. Dans ses formations sur les parts qui sont semblables au Self (parts Self-like), Pam Krause, formatrice principale en IFS, souligne que le Self n’est pas supérieur aux parts, que le Self et les parts ont besoin les uns des autres, et que les parts sont notre humanité tandis que le Self est notre âme.
- Encourager la vulnérabilité et l’authenticité. Créer une culture de la vulnérabilité, dans laquelle les membres se sentent suffisamment en sécurité pour partager leurs difficultés et leurs imperfections, peut réduire la pression à donner une image parfaite du Self. Lorsque nous permettons à nos parts d’être visibles, nous invitons les autres à faire de même, ce qui favorise des liens plus profonds.
- Privilégier la curiosité au jugement. Encourageons les membres de la communauté IFS à s’aborder les uns les autres avec curiosité plutôt qu’avec jugement. Au lieu d’évaluer si quelqu’un est suffisamment guidé par le Self, intéressons-nous à la manière dont nous pouvons soutenir cette personne dans son chemin de guérison, en reconnaissant que chacun avance à son rythme et a un ensemble de besoins qui lui est propre.
- Proposer des espaces de réflexion et de supervision. Mettre en place des espaces de réflexion personnelle continue, de supervision et de soutien entre pairs peut aider les praticiens à traverser leurs propres réactions intérieures et à mieux repérer les moments où ils risquent d’instrumentaliser inconsciemment le Self. Ces espaces permettent une croissance partagée et une responsabilisation mutuelle, sans jugement.
Le danger de normes irréalistes pour les clients : alourdir les fardeaux des exilés
Lorsque le concept de Self est placé au-dessus des parts et idéalisé comme un état à atteindre en permanence, cela peut avoir un impact profond non seulement sur les praticiens, mais aussi sur les clients. Les personnes qui entrent en thérapie avec un sentiment de valeur personnelle déjà fragile, ou qui luttent contre un sentiment d’insuffisance, sont particulièrement vulnérables à ces normes irréalistes. Lorsque le récit devient que le Self est ce qu’il y a de « mieux » ou de « plus juste » — quelque chose vers quoi elles devraient tendre —, cela conduit souvent à l’activation de diverses parts, généralement des managers, qui peuvent faire obstacle à la guérison.
L’un des effets les plus dommageables de la promotion d’un Self idéalisé est qu’elle peut, sans le vouloir, encourager une suractivation des parts pensantes des clients, de leurs critiques intérieurs, de leurs parts perfectionnistes et de leurs parts qui cherchent à plaire. Ces parts ont pour tâche de maintenir le contrôle, d’éviter la honte et de nous empêcher de nous sentir trop vulnérables.
Lorsqu’un client en vient à penser qu’il doit toujours être dans un état de Self, ces parts peuvent se sentir encore davantage obligées de tendre vers une norme inaccessible. Le critique intérieur peut devenir plus bruyant, les parts perfectionnistes plus rigides, et les tendances à vouloir plaire plus marquées, tandis que le client s’efforce d’entrer dans un moule qui est non seulement irréaliste, mais aussi contre-productif pour son processus de guérison. Je sais que cette dynamique intérieure s’est produite chez moi et qu’une grande partie de mon propre travail thérapeutique a consisté à m’en occuper. Je sais aussi que j’ai contribué à perpétuer cette idée auprès de clients, et je suis convaincu que cela n’a pas favorisé leur guérison.
Cette dynamique est particulièrement nocive, car elle va souvent à l’encontre des objectifs mêmes de l’IFS : favoriser l’acceptation de soi, l’auto-compassion, le lien et le retour à la complétude. Plus les clients croient que leurs parts sont « inférieures » au Self, plus ils sont encouragés à se séparer de leurs parts, à les juger et à les réprimer. Cela alourdit à son tour le fardeau de leurs exilés — ces parts qui portent des sentiments d’inadéquation, de honte ou de peur du rejet. Ces exilés peuvent alors se sentir encore davantage invalidés, créant un cercle vicieux dans lequel ils sont poussés à se cacher plus profondément ou sont tout simplement ignorés.
Par exemple, un client ayant vécu des traumatismes ou de la négligence peut avoir des exilés qui portent un profond sentiment de ne pas avoir de valeur ou la peur d’être abandonné. S’il a l’impression de devoir être « davantage guidé par le Self » pour guérir, ces exilés peuvent se sentir encore plus abandonnés ou rejetés. Les parts pensantes peuvent alors se mettre à élaborer des stratégies afin que le client incarne ce Self « parfait », en suscitant une rumination excessive ou de l’auto-jugement. Le critique intérieur peut amplifier sa voix, en disant au client qu’il « s’y prend mal ».
Les parts qui cherchent à plaire peuvent tenter de donner l’image d’une personne guidée par le Self en permanence, ce qui éloigne encore davantage le client de son expérience authentique, ainsi que d’un lien véritable avec son thérapeute et les autres personnes de sa vie. Ces réactions empêchent non seulement le client d’accéder à une énergie de guérison, mais elles renforcent également son sentiment d’isolement et d’inadéquation au sein de son système intérieur.
Une approche plus compatissante
Pour éviter d’alourdir ces fardeaux, il est essentiel que nous, en tant que praticiens, remettions en question l’idée selon laquelle le Self serait d’une quelconque manière supérieur aux parts. Nous pouvons plutôt adopter une compréhension plus intégrée de la relation entre le Self et les parts : une vision qui considère les parts comme essentielles au fonctionnement du système, et non comme des obstacles au Self.
Dans le travail avec les clients, il est essentiel de :
- Reconnaître et valider les parts. Encouragez les clients à considérer toutes leurs parts — y compris les exilés et les protecteurs — comme des aspects précieux et nécessaires d’eux-mêmes. En validant ces parts, les clients peuvent se sentir vus et entendus. Cela réduit la pression de devoir atteindre une version parfaite du Self et favorise un plus grand sentiment de valeur personnelle.
- Démystifier le Self. Aidez les clients à comprendre qu’être dans le Self ne consiste pas à atteindre un état permanent de perfection, mais à entrer en relation avec les parts depuis un espace de curiosité, de compassion et de lien. Normalisez le fait que le Self peut coexister avec les parts : il n’est pas nécessaire de rejeter ou de réprimer certains aspects de soi pour accéder à la guérison.
- Soutenir une exploration sans jugement. Au lieu d’encourager les clients à se juger, ou à juger leurs parts, selon leur apparence plus ou moins « guidée par le Self », mettez l’accent sur la curiosité et le non-jugement. Les clients peuvent ainsi explorer leurs parts sans craindre le rejet ni la critique, ce qui soutient le processus de guérison des exilés portant des fardeaux d’inadéquation ou de honte.
- Favoriser une intégration compatissante. Plutôt que de voir les parts comme des obstacles au Self, accompagnez les clients vers un modèle davantage intégré, dans lequel toutes les parts sont accueillies et travaillent en harmonie avec le Self. Ce processus réduit la tendance à recourir à des stratégies perfectionnistes ou visant à plaire aux autres. Il encourage plutôt un dialogue intérieur sain, dans lequel les parts se soutiennent de manière coopérative.
- Explorer la façon dont les clients vivent leur Self authentique. Dick a découvert le concept de Self lorsque des clients ont commencé à lui dire : « Cela ne ressemble pas à une part, c’est simplement moi. » L’énergie du Self comporte de nombreuses dimensions et est vécue, puis exprimée, différemment selon les personnes. Prendre le temps d’explorer comment et quand un client se sent plus pleinement et authentiquement lui-même peut aider à démystifier le Self en tant que norme ou idéal uniforme. Ce qui me semble le plus important est d’aider les clients à accéder à ce qui leur paraît intérieurement juste et vrai.
En reformulant ainsi la relation entre le Self et les parts, nous ne protégeons pas seulement les clients contre des normes irréalistes : nous leur donnons également les moyens d’entamer le processus de déchargement des fardeaux de leurs exilés, d’intégration de leurs protecteurs et d’accueil de toutes les dimensions d’eux-mêmes. Nous cultivons ainsi un environnement thérapeutique qui valorise tout le spectre de l’expérience du client : un environnement qui reconnaît le pouvoir guérisseur du Self dans toute sa diversité, sans diminuer le rôle essentiel des parts au cours du processus.
Conclusion
L’instrumentalisation du concept de Self dans la communauté IFS peut causer des dommages importants. Elle crée de la division et de la honte, et décourage un apprentissage comme une manière de vivre authentiques. En reconnaissant que ces comportements trouvent souvent leur origine dans l’activation de parts exilées et dans des réactions protectrices, nous pouvons commencer à aborder ces situations avec davantage de compréhension et de compassion. Créer une culture dans laquelle toutes les parts sont honorées favorisera un environnement plus inclusif, soutenant et guérissant pour tous les membres de la communauté IFS.
J’invite à une prise de conscience collective de la manière dont nous portons et utilisons le concept de Self, afin qu’il facilite le lien, la croissance, l’amour, la clarté, la guérison et un retour à la complétude, individuellement comme collectivement.