Article publié dans Max Littman Publications le 24 septembre 2023, sous le titre : Music as a Trailhead: How Parts are Affected by and Use Music.
Traduction : Nathalie Vandebeulque & Jean-Rémi Deléage, avec l’autorisation de l’auteur.
Résumé :
L’article explore comment la musique peut être utilisée pour comprendre l’expérience humaine et l’esprit, en particulier dans le cadre de la thérapie IFS (Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur). L’IFS, développée par le Dr Richard Schwartz, se concentre sur la compréhension et le travail avec les différentes « parties », ou sous-personnalités, présentes dans l’esprit d’un individu. L’article approfondit les concepts de protecteurs, d’exilés et de fardeaux au sein de l’IFS, en soulignant leurs rôles et leurs fonctions dans le système intérieur d’une personne, et en lien avec la musique.
Cet article présente des idées sur la façon dont la musique peut être utilisée pour comprendre certains aspects de l’expérience humaine et de l’esprit, ainsi que des façons d’envisager la musique lorsqu’on utilise le Système Familial Intérieur (IFS) comme modalité de thérapie. Je m’appuie sur mes expériences en tant qu’homosexuel, thérapeute, cinéaste et passionné de musique.
J’ai voulu que cet article soit lisible pour les personnes qui connaissent ou non l’IFS. Pour ceux qui ont déjà une compréhension de base de l’IFS, vous pouvez sauter le résumé des concepts et des termes de l’IFS dans la première section. Les lecteurs peuvent sauter cette section en cliquant ici.
Qu’est-ce que l’IFS ?
Le Système Familial Intérieur (IFS) est une approche psychothérapeutique et un modèle de thérapie développé par le Dr Richard Schwartz dans les années 1980. Il s’agit d’une forme de thérapie qui se concentre sur la compréhension et le travail avec les différentes « parties » ou sous-personnalités au sein de l’esprit d’une personne. Le concept de base de l’IFS est que notre psychisme est composé de différentes parties, chacune ayant ses propres croyances, émotions et motivations. Ces parties peuvent parfois entrer en conflit les unes avec les autres et conduire à des troubles intérieurs et à une détresse psychologique.
Les principes et concepts clés de la thérapie IFS sont les suivants :
Les parties : l’IFS identifie différentes parties au sein d’une personne, qui peuvent être considérées comme des sous-personnalités distinctes ou des aspects du moi. Ces parties peuvent être par exemple, un « critique intérieur », un « enfant intérieur », un « gardien » ou un « protecteur ».
Le Self : en plus des parties, l’IFS reconnaît également le concept du « Self ». Le Self est considéré comme le cœur et la véritable essence d’une personne, caractérisé par des qualités telles que la compassion, la curiosité et le calme. Le but de la thérapie IFS est d’aider la personne à accéder à leur Self, à le renforcer et à apprendre à vivre à partir de ce lieu centré et équilibré.
La multiplicité : l’IFS reconnaît que la personne n’est pas un soi unique et unifié, mais un ensemble de différentes parties qui peuvent avoir des pensées, des émotions et des désirs différents. Ce que font ces parties peut avoir des conséquences à la fois positives et négatives dans la vie d’une personne.
La guérison et l’intégration : l’objectif premier de la thérapie IFS est d’aider la personne à guérir leurs parties. Cela implique de comprendre le point de vue unique de chaque partie, de répondre à leurs préoccupations et, en fin de compte, d’apporter l’harmonie et la coopération entre les différentes parties.
L’externalisation : l’IFS encourage la personne à externaliser leurs parties en les visualisant et en interagissant avec elles comme s’il s’agissait d’individus ou d’entités distincts. Cette externalisation aide la personne à mieux comprendre leur dynamique intérieure et les relations entre leurs parties.
Le désamalgamage: la thérapie IFS consiste souvent à aider la personne à décharger leurs parties en libérant ou en transformant les fardeaux émotionnels et psychologiques qu’ils portent. Ce processus peut conduire à la guérison et au soulagement de la détresse émotionnelle.
Le leadership du Self: Au fur et à mesure que les personnes travaillent sur leurs parties et améliorent l’accès à leur Soi profond, ils peuvent apprendre à vivre à partir d’un lieu d’auto-compassion, d’équilibre et de sagesse. C’est ce que l’on appelle le leadership du Self, qui peut conduire à une amélioration du bien-être mental et émotionnel.
La thérapie IFS est utilisée pour traiter un large éventail de problèmes psychologiques, notamment les traumatismes, l’anxiété, la dépression et les problèmes relationnels. Elle est considérée comme une approche holistique centrée sur le client qui vise à permettre aux individus de devenir plus conscients d’eux-mêmes, plus compatissants et plus autorégulés dans la gestion de leurs conflits intérieurs et de leurs émotions. Bien qu’ils puissent être utilisés dans le cadre d’une thérapie individuelle, les concepts de l’IFS ont également été adaptés pour être utilisés dans le cadre d’une thérapie de groupe et d’autres contextes thérapeutiques.
Les protecteurs sont l’un des types de parties ou de sous-personnalités qui existent dans le système intérieur d’une personne. Les protecteurs sont des parties de la psyché qui ont pris le rôle de protéger la personne des menaces perçues, de la douleur ou de la détresse émotionnelle. Ils se développent souvent en réaction à des expériences difficiles ou traumatisantes vécues dans le passé. La fonction première des protecteurs est de maintenir un sentiment de contrôle, de sécurité et d’autopréservation émotionnelle.
Voici quelques caractéristiques et fonctions clés des protecteurs :
Mécanismes de défense : Les protecteurs utilisent divers mécanismes de défense pour protéger la personne de la douleur émotionnelle. Ces mécanismes peuvent inclure le déni, la suppression des émotions, l’intellectualisation ou même des stratégies comportementales telles que l’agression ou l’évitement.
Gardiens des parties vulnérables : Les protecteurs agissent souvent comme des gardiens des parties plus vulnérables et blessées, telles qu’un « enfant intérieur ». Pour ce faire, ils gèrent ou suppriment les émotions et les souvenirs associés à ces parties blessées.
Rôles et stratégies : Les protecteurs peuvent adopter différents rôles et stratégies pour protéger la personne. Par exemple, il peut y avoir une partie « critique intérieure » qui juge sévèrement la personne pour l’empêcher de faire des erreurs ou d’être vulnérable. Il peut aussi y avoir une partie « gardien » qui s’efforce de plaire aux autres et d’éviter les conflits pour maintenir un sentiment de sécurité.
Intention positive : Dans la thérapie IFS, il est important de reconnaître que les protecteurs ont toujours une intention positive. Ils pensent que leurs actions et leurs stratégies sont nécessaires pour protéger la personne de la douleur ou de la détresse, même si elles peuvent parfois être contre-productives ou provoquer un conflit intérieur.
Conflit intérieur : Parfois, les protecteurs peuvent entrer en conflit avec d’autres parties ou avec les valeurs et les désirs fondamentaux de la personne. Ce conflit intérieur peut entraîner des troubles émotionnels et être l’objet d’une thérapie visant à favoriser la compréhension et la résolution du conflit.
Résistance au changement : Les protecteurs peuvent résister aux efforts de changement ou d’abandon du contrôle parce qu’ils craignent que cela n’expose la personne à plus de douleur ou de vulnérabilité. Une partie du processus thérapeutique IFS consiste à développer une relation de coopération et de confiance avec les protecteurs afin de faciliter la guérison.
L’objectif de la thérapie IFS n’est pas d’éliminer les protecteurs, mais de comprendre leur rôle, de reconnaître leur intention positive et de travailler à un système intérieur plus harmonieux et plus équilibré. Au fur et à mesure que la personne développe une connexion plus forte avec son Soi profond – l’aspect de lui qui est caractérisé par la compassion, la sagesse et la conscience de soi – il peut aider les protecteurs à se sentir plus en sécurité et moins obligés d’être constamment sur leurs gardes.
Les exilés sont des parties de la psyché qui véhiculent des émotions douloureuses, des souvenirs traumatisants et des aspects vulnérables de la personne. Ils sont souvent repoussés hors de la conscience et cachés par des parties protectrices, telles que les protecteurs dont il a été question plus haut, afin de protéger la personne d’une douleur émotionnelle écrasante.
Voici quelques caractéristiques et fonctions clés des exilés :
Douleur et traumatisme : Les exilés sont les parties d’une personne qui contiennent une profonde douleur émotionnelle, des traumatismes non résolus et des émotions intenses. Ces émotions et ces souvenirs sont souvent associés à des expériences passées qui ont été accablantes ou trop pénibles à traiter à l’époque.
Fardeau et isolement : Les exilés portent généralement les fardeau des émotions et des souvenirs, et ils peuvent se sentir isolés et piégés dans leur douleur.
Cachés de la conscience : Les parties protectrices s’efforcent de dissimuler les exilés à la conscience de la personne. Cela a pour but d’empêcher la personne de se sentir submergée par la douleur et les traumatismes qu’elle porte en elle.
Déclenchés par des événements actuels : Les exilés peuvent être activés et déclenchés par des événements ou des situations actuels qui ressemblent aux expériences traumatiques d’origine. Dans ce cas, la personne peut avoir des réactions émotionnelles intenses qui semblent disproportionnées par rapport à la situation actuelle.
Vulnérabilité : Les exilés représentent les aspects vulnérables, authentiques et souvent enfantins de soi. Travailler avec les exilés en thérapie implique de fournir un espace sûr et compatissant pour que ces parties expriment leurs émotions et leurs expériences.
L’objectif thérapeutique de l’IFS est d’aider la personne à développer une relation de compassion et de guérison avec ses exilés. Il s’agit d’accéder aux émotions et aux souvenirs conservés par les exilés, de les comprendre, d’offrir de l’auto-compassion à ces parties blessées et de faciliter leur guérison. Le processus implique souvent de travailler avec les parties protectrices pour s’assurer qu’elles sont disposées à permettre à la personne d’entrer en contact avec les exilés et de les guérir.
Au fur et à mesure que la relation de la personne avec ses exilés s’améliore et qu’elle accède davantage à son Soi profond, il devient possible de guérir et d’intégrer ces aspects blessés. Cela peut conduire à une guérison émotionnelle, à une meilleure connaissance de soi et à une réduction des symptômes liés aux traumatismes et aux douleurs émotionnelles non résolus.
Le concept de « fardeau » fait référence à la douleur émotionnelle et psychologique, aux croyances, aux souvenirs et aux blessures qui sont portés par les différentes parties ou sous-personnalités, en particulier les exilés, au sein du système intérieur d’une personne. Ces fardeaux sont généralement associés aux expériences passées de celle-ci, en particulier celles qui ont été pénibles, traumatisantes ou chargées d’émotions.
Voici une compréhension plus détaillée des fardeaux dans le contexte de la thérapie IFS :
Douleur émotionnelle : les fardeaux consistent souvent en une douleur et une détresse émotionnelles intenses. Il peut s’agir de sentiments de peur, de tristesse, de colère, de honte, de culpabilité ou de toute autre émotion ressentie lors de situations difficiles ou traumatisantes.
Souvenirs traumatiques : Les fardeaux peuvent également englober des souvenirs ou des expériences traumatisantes que la personne n’a pas complètement traités ou intégrés. Ces souvenirs peuvent continuer à influencer les émotions et les comportements de la personne dans le présent.
Croyances négatives : Les parties protectrices, telles que le critique intérieur ou d’autres protecteurs, peuvent entretenir des croyances négatives à propos de soi, des autres ou du monde. Ces croyances peuvent devenir des fardeaux qui influencent la façon dont la personne se perçoit et ses interactions avec les autres.
Aspects blessés : Les fardeaux sont souvent associés à des aspects blessés ou vulnérables de la personne, appelés exilés dans le modèle IFS. Les exilés portent les fardeaux les plus profonds et les plus douloureux, et ils sont généralement cachés à la conscience par des parties protectrices.
Impact sur le comportement : Les fardeaux non résolus et les parties protectrices qui les gèrent peuvent influencer le comportement, les pensées et les émotions d’une personne de diverses manières. Ces fardeaux peuvent entraîner des symptômes tels que l’anxiété, la dépression, des difficultés relationnelles et des comportements d’auto-sabotage.
Dans la thérapie IFS, l’objectif est d’aider les personnes à identifier leurs fardeaux, à accéder et à travailler avec les parties qui les portent, dans un environnement thérapeutique sécure et encourageant. Le thérapeute aide la personne à développer une relation de compassion et de non-jugement avec les parties qui portent ces fardeaux, en l’encourageant à exprimer ses émotions et ses expériences. Ce faisant, la personne peuvent commencer à guérir et à se libérer de ces fardeaux, ce qui les conduit finalement à une plus grande liberté émotionnelle et à un plus grand bien-être.
La clé de ce travail est que le thérapeute IFS s’engage dans le processus décrit ci-dessus pour lui-même afin de libérer l’accès à l’énergie du Self, ce qui à son tour aide ses clients à faire de même.
La musique comme canal vers les parties et l’énergie de Self
Après réflexion, j’ai pu constater que la musique est un canal qui permet d’accéder à l’énergie du Self et de l’exploiter, un départ de sentier qui permet de connaître, de ressentir, de voir et de comprendre avec compassion les fardeaux des exilés, et un outil utilisé par les protecteurs pour dissimuler, minimiser ou détourner l’attention des fardeaux qui pèsent sur le système dans son ensemble. Dans les sections suivantes, j’espère démontrer ces affirmations au lecteur à travers des exemples de mes expériences personnelles en tant qu’homosexuel, diplômé d’une école de cinéma et thérapeute formé en IFS.
Mes parties
Beaucoup de mes parties souhaitent partager ici leurs points de vue sur les thèmes de la musique, de l’esprit humain et de l’IFS. Certaines de ces parties m’ont explicitement demandé de parler en leur nom et d’autres ont tenté de s’approprier directement ce projet dans ma pensée et mon écriture. Ces parties de moi comprennent celle qui aime communiquer et recevoir la communication par des modes d’expression créatifs (par exemple l’écriture, les films, la musique), celle qui aime noter, synthétiser et résumer les informations en une histoire cohérente, celle qui prend une grande joie à s’exposer aux mystères et aux découvertes, celle qui vise à être parfaite dans tout ce dans quoi j’investis mon temps et mon énergie, les parties qui sont calmées par certaines musiques.
La rédaction de cet article a demandé beaucoup d’efforts pour certaines de ces parties en réservant un espace à l’énergie de mon Self pour que ce soit lui qui soit assis dans le cockpit de ce projet.
Ceci étant dit, Les sections suivantes illustrent, à travers certaines de ces parties, comment la musique peut influencer nos parties et être utilisée par elles.
La musique pop et l’exilé gay
J’ai découvert mon homosexualité vers l’âge de 23 ans. Le processus de « dévoilement » complet de ma sexualité, en commençant par les amis et la famille et en finissant par les premières rencontres avec des connaissances, a commencé à l’âge de 24 ans et s’est progressivement achevé vers l’âge de 26 ans. Au lycée, au début des années 2000, j’étais caché. En d’autres termes, les parties de moi qui étaient attirées par les hommes étaient exilées à l’intérieur et cachées à l’extérieur.
Au collège et au début du lycée, une partie de moi était fascinée par la musique pop bubblegum et les listes à rebours. Cette partie de moi regardait religieusement Total Request Live (TRL), une émission de décompte de vidéos musicales sur MTV. NSYNC, Backstreet Boys et Britney Spears étaient souvent en tête du classement quotidien. Cette partie de moi créait et écoutait également son propre palmarès chaque jour. Ce palmarès était composé des mêmes artistes pop et des mêmes chansons que celles diffusées sur TRL. La partie les écoutait sur des cassettes et des CD sur le lecteur de cassettes, de CD et de radio tout-en-un qui se trouvait dans sa chambre. L’exubérance la traversait à l’écoute de chaque chanson de la liste, atteignant finalement un crescendo lors de la lecture de la chanson numéro un. Il y avait là une joie innocente, libre, enfantine. Autrement dit, une joie sans fardeau.
Cependant, une autre partie de moi gardait secret cet aspect de ma vie. Le message reçu de mes pairs, de la société et de la culture était que la pop music signifiait soit que vous étiez une fille, soit un garçon gay. Aucune de ces deux options n’était une bonne indication. Je ne pense pas que ma partie qui dissimulait pouvait, à l’époque, expliquer complètement pourquoi elle faisait ce qu’elle faisait, mais elle savait qu’elle devait le faire pour ma sécurité émotionnelle et sociale. Je peux aujourd’hui apprécier ce qu’elle faisait et pourquoi elle devait le faire.
Ma partie superviseuse musicale et la liste de lecture des 20 dernières années
Curieusement, d’autres parties de moi se sont éprises de musique alternative, progressive, psychédélique et rock électronique à la fin de mon adolescence et au début de la vingtaine. La partie de moi qui dissimulait mon intérêt pour la pop music utilisait ces parties amatrices de rock dans son projet de dissimulation. Cependant, les parties de moi qui avaient adopté le rock l’étaient, et le sont toujours, sincèrement, sans s’en servir comme projet de protection. Elles n’étaient pas, et ne sont toujours pas, chargées d’un fardeau.
En déménageant pour aller à l’université, une partie de moi a commencé à se développer, une partie qui cherchait et rassemblait des chansons résonnant avec bon nombre de mes parties. Les chansons que cette partie trouvait et rassemblait marquaient des moments importants de mon parcours de coming out. Boulevard of Broken Dreams de Green Day a marqué mon premier chagrin d’amour. Space Oddity de David Bowie a marqué mon premier baiser. Separator de Radiohead a marqué mon coming out auprès de mon père.
Encore aujourd’hui, cette partie « superviseure musicale » continue de chercher et de rassembler des morceaux. Le nom donné à cette partie s’inspire des superviseurs musicaux employés dans l’industrie du divertissement, dont le métier consiste à sélectionner et à obtenir de la musique pour l’associer à des productions médiatiques. La technologie de 2023 rend cette recherche, cette collecte et cette organisation de chansons bien plus faciles pour cette partie de moi qu’à l’époque où elle a commencé ce projet en 2004. J’écoute désormais régulièrement, en mode aléatoire sur mon iPhone, la playlist Spotify qu’elle a créée. Chaque chanson jouée me ramène à un souvenir lié à une ou plusieurs de mes parties. Parfois les parties s’amalgament avec moi, et d’autres fois nous regardons ensemble ce souvenir.
Musique et sexualité guidée par le Self
Le morceau le plus récent que mon superviseur musical a ajouté à la liste de lecture est « That Feels Good! », le titre du dernier album de Jessie Ware. Je la ressens comme l’incarnation de l’énergie sexuelle du Self. La musique, les paroles et la performance vocale favorisent la liberté, la consensualité, l’expérimentation, l’enthousiasme et la communication ouverte.
La prise de conscience de ces qualités me fait penser au travail de Patty Rich. Elle a ouvert une nouvelle voie courageuse en intégrant l’IFS et la thérapie sexuelle, aidant de nombreuses personnes à accéder à la guérison de la honte sexuelle. Je crois que la piste musicale incarne ses concepts de sexualité guidée par le Self. En outre, mon expérience de la chanson de Ware m’a fait penser à Deran Young, une responsable à l’Institut IFS et fondatrice de Black Therapists Rock. Lors d’une conférence, dans un forum dont je ne me souviens plus, elle a déclaré qu’elle faisait l’expérience de l’énergie du Self et de la connexion à ses parties par le biais de la musique. Cette déclaration a permis à mon système de voir ce qu’il avait déjà expérimenté.
L’utilisation de la musique par ma partie Imaginateur
Dans ma vie précédant mon activité de thérapeute, j’ai suivi une formation en cinéma à l’UC Santa Barbara. Chaque année, nous, étudiants en cinéma, étions à la fois anxieux et impatients à l’approche du mois de mai, période à laquelle se tenait (et se tient toujours) le festival annuel du film étudiant Reel Loud. Reel Loud existe depuis plus de 30 ans maintenant. À l’époque de ma participation, les films étudiants sélectionnés pour être projetés au festival devaient durer au maximum six minutes et 30 secondes, être tournés, montés et projetés en pellicule 16 mm, muets, et accompagnés lors du festival par des musiciens jouant en direct.
En repensant à cette période, ma partie qui aime se faire appeler « l’Imaginateur » a pris les rênes de la conception, de la construction et de la réalisation d’un film projeté lors du festival de 2008, Jesus Blues. L’imaginateur a mis à profit ce qu’il avait appris dans ses cours de cinéma et de télévision, au cours de quatre années de lycée puis de quatre années d’université, pour raconter une histoire portant sur les thèmes de la connexion, de la légèreté et de la rédemption.
La musique était au cœur de l’histoire, du processus créatif et de ces thèmes. Je crois également que l’Imaginateur a pu, à travers cette entreprise créative portée par la musique, parler au nom de certaines parties de mon système. Sachant que le produit fini devrait être accompagné de musique live, mon Imaginateur a choisi une chanson autour de laquelle sculpter le scénario, la photographie, l’action et le montage. La chanson finalement retenue incarnait la spontanéité, la collaboration et la légèreté. Cela a donné le ton à tout ce qui allait être produit.
En passant rapidement sur les efforts spécifiques et considérables de mon imaginateur, mon manager de production et d’autres parties dans la réalisation du film, ainsi que sur les nombreuses parties de mes collaborateurs extérieurs, le produit final et la musique live qui l’accompagnait ont suscité des réactions audibles, visibles et ressenties chez les parties des 800 spectateurs présents. Le mélange et le timing des rires, des acclamations, des « ah », des mouvements corporels et des silences indiquaient des parties en train de passer un bon moment, se sentant vues, éprouvant de l’empathie envers les parties des personnages présentés à l’écran, et en phase avec la musique live.
Ce qui me vient à l’esprit en me rappelant cet événement, c’est une chose que j’ai apprise de Susan McConnell lors d’une retraite IFS Somatique : Lorsque nous nous trouvons dans un espace ensemble, dans un but commun et pour une durée déterminée, nous devenons, en tant que groupe, un organisme vivant. Avec le recul, l’énergie de Self créée dans le théâtre ce jour-là en 2008 était palpable. Je crois que la musique en direct, liée au film qu’elle accompagnait, a amplifié l’accès individuel du public à l’énergie du Self, la connexion de leurs parties à l’énergie du Self et le champ collectif de l’énergie du Self du public en tant qu’organisme vivant à part entière.
Ma part Imaginateur a déterminé que l’expérience dans son ensemble était un succès retentissant. Non seulement le produit fini avait été reçu positivement, mais aux yeux de mon imaginateur et de nombreuses autres parties, mon système intérieur avait été vu, compris et confirmé par les parties des autres et par une énergie de Self plus grande que celle de n’importe quel individu.
Réflexion
Trois fois par an, le San Francisco Gay Men’s Chorus (SFGMC) donne une série de concerts dans la région de la baie de Californie du Nord. Mon mari est un membre de longue date de la chorale. La représentation du printemps 2023 était une pièce commandée à la Disney Corporation, composée de chansons classiques tirées de films produits par Disney. Le chœur était accompagné d’un orchestre de 30 musiciens et de divers montages vidéo des films auxquels les chansons étaient associées. Pour mon système intérieur, l’un des morceaux interprétés qui s’est particulièrement démarqué fut « Reflection », tiré du film « Mulan ».
Avant le numéro, une femme transgenre membre du chœur a fait part de son expérience personnelle de l’acceptation et de la révélation de sa condition de femme. Elle a fait le lien entre ces expériences et les thèmes du film « Mulan » et de la chanson « Reflection ». Il est à noter que la SFGMC accueille désormais des membres de toutes les identités et expressions sexuelles, et pas seulement des hommes homosexuels.
Le chœur a enchaîné à partir de l’introduction de la chanteuse. Sur les écrans situés au-dessus du chœur, un montage minutieux de Mulan a été diffusé, montrant les grandes lignes de l’histoire du personnage principal, qui s’est déguisé en homme pour être accepté en tant que membre de l’armée de sa communauté. Son père et sa culture lui ont fait honte de son intérêt pour le métier de guerrier, car celui-ci est réservé aux hommes.
À la fin du numéro, le chœur de plus de 200 personnes a chanté « Quand mon reflet montrera-t-il qui je suis à l’intérieur ». L’orchestre est allé crescendo, presque tous les instruments jouant à l’unisson. Au-dessus, la fin du film est diffusée : Mulan retourne chez son père après avoir gagné la guerre. Elle lui présente l’épée qu’elle lui a volée, symbole de l’identité et des privilèges masculins et culturels. Son père jette l’épée de côté et embrasse Mulan en larmes. C’est elle qui compte pour lui. Pas l’épée. Pas les traditions culturelles.
En absorbant toute cette expérience sensorielle et intérieure, j’ai eu les larmes aux yeux, des frissons ont parcouru mon corps et la chair de poule s’est formée sur ma peau. L’énergie de Self était présente dans la pièce et je l’ai ressentie dans mon corps. Je crois que beaucoup de mes parties, en particulier mes exilés et anciens exilés liés à la sexualité, et probablement beaucoup de parties des artistes et du public, se sont senties vues, témoignées et comprises par mon propre champ d’énergie du Self et par un champ collectif d’énergie de Self à ce moment-là (vidéo).
Des parties qui font de la musique
J’ai eu l’occasion de travailler avec un client musicien. Bien que la thérapie IFS que nous avons menée ensemble n’était pas spécifiquement axée sur la musique, nous avons exploré comment et pourquoi l’une de ses parties utilisait la production musicale.
Lors d’une discussion sur sa musique, plus d’un an après le début de la thérapie, j’ai commencé à m’interroger sur les parties de lui impliquées dans la création de sa musique. Ce qui est apparu, c’est une partie de lui que nous connaissions déjà assez bien. Au cours de cette exploration, il est devenu clair pour nous deux que cette partie utilisait la musique pour exprimer la colère, la solitude, l’impuissance et la honte qui provenaient d’une profonde négligence et d’abus dans son enfance. En d’autres termes, elle mettait en évidence les fardeaux d’un exilé. Il n’est pas surprenant que ses activités musicales se soient déroulées principalement dans la solitude et rarement en collaboration avec d’autres personnes. En outre, un critique intérieur critiquait la musique produite, considérant la perfection du produit fini comme le seul moyen par lequel les exilés puissent être complètement apaisés.
La libération de ces exilés n’a eu lieu que des mois plus tard. Cependant, nous avons vérifié les parties impliquées dans la création musicale après le déchargement des fardeaux. Après ce déchargement, il y a eu une liberté notable dans la production et l’enregistrement de la musique. Ces parties se sont senties libérées du fardeau d’étouffer l’exilé, de faire des morceaux « parfaits », et se sont montrées plus intéressées par la créativité et l’expérimentation.
La musique comme départ de sentier
J’encourage les autres à considérer la musique comme un potentiel départ de sentier qui nous permet de nous lier d’amitié avec nos parties, d’accéder à l’énergie du Self, de connaître les exilés et de les aider à se libérer de leur fardeau. Ce départ de sentier pourrait être une conversation sur la musique, l’écoute ou la création de musique.
Je suis curieux d’entendre les points de vue d’autres personnes sur le sujet des parties, du Self et de la musique.