Article publié dans le Substack de Lissa Rankin en juillet 2025, sous le titre : The Importance Of Boundary-Protecting Anger
Traduction : Nathalie Vandebeulque & Jean-Rémi Deléage avec l’aimable autorisation de l’autrice.
Poser des limites saines dans ses relations est une chose, les tenir dans la durée en est une autre. Lissa Rankin propose dans cet article d’identifier les principaux freins intérieurs qui nous en empêchent : culpabilité, peur du conflit, tendance à vouloir plaire ou besoin de contrôle.
Après avoir passé en revue le « comment » de la mise en place de limites saines, examinons ce qui fait obstacle à de bonnes limites. Toute condition induite par un traumatisme qui restreint l’éventail complet des émotions humaines saines, ou qui active des parts d’évitement du conflit ou de contournement spirituel, viendra interférer avec la capacité à poser et à faire respecter des limites saines. C’est pourquoi la maîtrise émotionnelle, en particulier la capacité à gérer sereinement la colère et la honte, constitue un outil clé pour poser, maintenir et respecter à la fois vos propres limites et celles des autres. Bien que la colère ait mauvaise presse, principalement parce que les personnes blessées dans leurs limites peuvent utiliser la colère pour maltraiter les autres (ou parce que nous pouvons utiliser la colère pour nous maltraiter nous-mêmes), la version saine de la colère est nécessaire pour que les limites puissent être consolidées. Avec la culpabilité saine, la honte et le remords, la colère est l’un des éléments qui maintiennent nos limites ; nous devons donc être capables de ressentir la colère pour être des êtres humains bien délimités, en sécurité dans le monde et en sécurité auprès des autres.
Dans The Language of Emotions, Karla McLaren, ancienne guérisseuse intuitive New Age devenue chercheuse en empathie, souligne que la colère saine protège vos limites personnelles contre les personnes qui menacent de les violer depuis l’extérieur, tandis qu’une honte saine vous empêche de violer les limites d’autrui. En d’autres termes, si quelqu’un se comporte de manière intrusive, blessante, violente, émotionnellement abusive, méprisante, ou avec un sentiment de droit indu, vous êtes censé ressentir de la colère — et le dire clairement pour arrêter ce comportement transgressif.
Vos limites méritent d’être protégées ; donc si quelqu’un s’immisce dans vos affaires, envahit votre espace personnel sans votre consentement, prend quelque chose qui ne lui appartient pas, essaie de vous exploiter ou de vous manipuler, trahit votre accord de monogamie, abuse de votre confiance, vous frappe ou vous touche sexuellement contre votre gré, pénètre vos limites psychiques en pointant vos blessures profondes sans que vous ayez demandé cet éclairage, tente de vous contrôler ou de vous dominer, ou vous maltraite verbalement ou émotionnellement, il est tout à fait sain de ressentir cette montée de chaleur qui vous embrase et vous donne cette décharge d’adrénaline vous permettant de dire : « Arrête. Ce n’est pas acceptable pour moi. » Vous n’avez pas le droit de rouer quelqu’un de coups ou de vous comporter de façon abusive en réponse à votre colère. Cela reviendrait à répondre à une violation de limite par une autre. Mais vous avez le droit de ressentir et d’exprimer votre colère saine, en vous appuyant sur ce sentiment comme un rappel que vos limites sont violées et que vous devez les protéger.
De même, si des parents blessés dans leurs limites, ainsi que d’autres personnes en position de pouvoir ou d’autorité, recourent souvent à une honte malsaine de manière toxique et transgressive pour nous contrôler et nous manipuler — en projetant sur nous leur propre honte, en nous faisant honte alors que nous n’avons rien fait de mal —, la honte saine est le sentiment que nous sommes censés éprouver lorsque nous violons les limites d’autrui. Si vous maltraitez quelqu’un sur le plan émotionnel, violez quelqu’un, frappez quelqu’un, volez quelqu’un, trompez votre partenaire, instrumentalisez la vulnérabilité d’une personne ou vous attaquez à ses blessures profondes sans son consentement, tenez des propos racistes, sexistes ou homophobes, ou portez atteinte à son droit à la vie privée, vous êtes censé vous sentir mal. Ce sentiment douloureux, que certains appelleraient culpabilité et d’autres honte — peut-être n’est-ce qu’une question de terminologie —, est censé vous signaler que vous dépassez les limites et violez celles d’une autre personne.
La chercheuse sur la honte Brené Brown soutient que la culpabilité signifie : « J’ai fait quelque chose de mal », tandis que la honte signifie : « Je suis mauvais. » Mais Karla McLaren n’est pas d’accord. Selon elle, la culpabilité n’est pas un sentiment : c’est l’énoncé d’un fait. Soit vous êtes coupable d’un acte répréhensible, soit vous ne l’êtes pas ; tandis que la honte est le sentiment que vous êtes censé éprouver lorsque vous êtes coupable d’un acte répréhensible. Alors que Brené Brown affirme que la honte est toujours toxique, Karla McLaren défend l’idée d’une honte saine comme émotion prosociale, qui nous protège de devenir sociopathes ; selon elle, un monde peuplé de personnes sans honte serait terriblement nocif pour la société. Comme l’a souligné Monica Lewinsky dans son documentaire 15 Minutes of Shame, nous sommes devenus une culture de la « survie des sans-honte », et ce n’est pas une bonne chose.
Je ne souhaite pas m’enliser dans des questions de terminologie : appelez cela remords, culpabilité, ou comme vous le préférez, mais nous sommes censés nous sentir mal lorsque nous faisons des choses blessantes qui ont des répercussions sur autrui. Ce sentiment pénible, quel que soit le nom qu’on lui donne, est censé nous motiver à ne pas recommencer. Nous parlerons davantage de la culpabilité, de la honte et du remords dans le prochain volet ; pour l’instant, examinons les cadeaux que la colère a à nous offrir. Nous aborderons ensuite une pratique saine pour mobiliser les parts en colère afin qu’elles puissent restaurer vos limites saines.
Si vous voulez découvrir la suite de cet article, vous pouvez vous rendre sur la page dédiée de Lissa : The Importance Of Boundary-Protecting Anger