Article publié dans The Shiftless Wanderer le 15 juillet 2026, sous le titre : Staying in Relationship: IFS Parts, Self Energy, and Parenting Adolescents.
Traduction : Nathalie Vandebeulque & Jean-Rémi Deléage, avec l’autorisation de l’auteure.
Rester en lien : les « parties » en IFS, l’énergie du Self et l’éducation des adolescents
Résumé
Élever des adolescents est un acte sacré de responsabilité qui exige de l’endurance émotionnelle et une bonne conscience de soi. Les concepts du Système Familial Intérieur (IFS), tels que les « parties » et l’énergie du Self, peuvent aider les parents à surmonter les moments difficiles avec leurs adolescents. En identifiant et en comprenant leurs propres « parties » activées, les parents peuvent réagir en puisant dans l’énergie du Self, favorisant ainsi une relation plus stable et plus solide avec leur enfants.
J’ai récemment commencé à proposer des services de coaching parental. J’adore ce travail ! Comme vous le savez sans doute, les adolescents sont ma première passion. Contribuer à soutenir, guider et accompagner les adolescents vers une vie adulte épanouie signifie également que je me mets au service de ceux qui accomplissent la mission sacrée de les élever.
Oui, j’ai utilisé le mot sacré intentionnellement. Élever des adolescents est un acte profond de responsabilité. Cela exige des sacrifices — un mot qui signifie offrir un acte ou un don au service de quelque chose de plus grand que nous-mêmes.
C’est une perspective qui peut nous aider à rester engagés et patients lorsque les choses se compliquent. C’est sacré parce que cela nous demande tellement en même temps. Élever un adolescent exige une sorte d’endurance émotionnelle qui surprend souvent les gens. Un instant, il y a de la complicité et des rires, et l’instant d’après, il y a de la distance, un repli sur soi ou un conflit qui semble disproportionné par rapport à ce qui vient de se passer. Et dans ces moments-là, quelque chose de très réel se réveille chez le parent : la peur, la frustration, le chagrin, voire l’impuissance. Comme je le dis souvent, élever des adolescents est une tâche difficile.
C’est là qu’interviennent les concepts utiles de parties et d’énergie de Self
On pourrait dire que ce sont des parties de nous qui sont remuées. Il s’agit d’un concept fondamental du Système Familial Intérieur (IFS), une approche thérapeutique et un paradigme expliquant comment nous fonctionnons en tant qu’êtres humains. Si vous écoutez attentivement, vous entendrez dans les conversations quotidiennes l’idée innée que nous sommes constitués de parties :
- Des parties qui nous aident à gérer la vie, qui veulent que nous « réussissions ».
- Des parties qui se manifestent avec inquiétude lorsque la vie devient trop pesante.
- Et des parties qui renferment les histoires et les souvenirs des moments où la vie nous a blessés, et de la manière dont cela s’est produit.
Peut-être reconnaîtrez-vous ces parties « parentales » :
- La partie de vous qui se sent méprisée et maltraitée lorsque votre adolescent vous répond sèchement à une simple question que vous lui avez posée.
- La partie de vous qui perd complètement son sang-froid, quels que soient vos efforts pour garder le contrôle.
- La partie de vous qui dit : « Tu es un parent épouvantable. »
Nous avons tous des parties, elles sont naturelles, elles travaillent dur pour nous aider à naviguer dans la vie du mieux que nous pouvons. Et à cause de nos blessures, de notre honte et de nos traumatismes, ces parties ne peuvent parfois pas nous aider. Parfois, ironiquement, malgré tous leurs efforts, elles provoquent ce qu’elles tentent d’empêcher. Par exemple, plus l’une de vos parties « manager » s’efforce de faire tout ce que font les « bons » parents, plus vous finissez par vous sentir complètement inauthentique, déstabilisé et irritable. Et tout cela se manifeste dans l’interaction avec votre enfant. Car c’est cette partie qui s’efforce d’être le bon parent. Alors qu’en réalité, ce dont nous avons besoin, c’est de laisser ces parties « managers » se reposer et de laisser l’énergie du Self prendre les reines.
L’énergie du Self est un autre terme utilisé en IFS pour décrire un état d’être dans lequel nous avons accès à la perception de notre Soi authentique et profond. Nous disposons alors d’un espace intérieur suffisant pour faire place à une certaine dose de calme, de compassion ou de curiosité. Nous pouvons alors découvrir que nous souhaitons établir un lien et que nous en sommes capables.
La clarté, le courage, la créativité et une merveilleuse confiance en soi, ancrée et inébranlable, sont également des aspects de l’énergie du Self. C’est de cet espace que jaillit l’amour profond que nous portons à notre enfant. L’énergie du Self aide les parties à traverser les années d’adolescence extrêmement difficiles que vous et votre enfant allez vivre.
Être parent d’un adolescent, c’est découvrir tout ce qu’il y a de fort, de bon et de patient en nous. Et de faire face à tout ce qu’il y a de faible, d’imparfait, d’impatient, et parfois même de laid en nous. Chaque jour, des occasions nous sont offertes d’affronter les parties d’ombre en nous. Nous devons comprendre ces parties et savoir qu’il existe quelque chose qui les dépasse.
Élever un adolescent devient une mission sacrée, non pas parce qu’on attend des parents qu’ils le fassent parfaitement, mais parce que cela leur demande de se rencontrer eux-mêmes autant qu’ils rencontrent leur enfant.
L’objectif réel du coaching parental
C’est ce coaching parental que je propose : non pas corriger le comportement d’un adolescent (même si j’ai beaucoup à apporter sur les raisons pour lesquelles l’adolescent agit ainsi), mais prendre davantage conscience de ce qui se passe chez le parent dans les moments les plus tendus. Car lorsqu’un adolescent se referme sur lui-même, s’emballe, se replie sur lui-même ou riposte, c’est rarement le comportement en soi qui pose le plus de problèmes — c’est ce que ce comportement déclenche en nous.
Du point de vue du Système Familial Intérieur, ces réactions déclenchées ne sont pas le signe que quelque chose ne va pas chez nous ! Elles indiquent qu’une corde sensible a été touchée en nous. Une partie protectrice peut s’imposer avec urgence : « Il faut régler ça tout de suite. » Une autre partie peut vouloir se replier sur elle-même ou se refermer pour éviter de dire ou de faire quelque chose de mal. Une autre encore peut devenir acerbe, dominatrice ou se mettre à réprimender pour tenter de rétablir l’ordre. Ces parties ne sont pas le problème. Elles essaient d’aider.
Le changement commence lorsqu’un parent parvient à remarquer : Ah… quelque chose en moi est activé en ce moment même. Ce moment de reconnaissance crée un espace. Et dans cet espace, quelque chose de nouveau devient possible.
Lorsque cet espace s’ouvre, quelque chose de subtil mais de puissant commence à évoluer dans la relation avec un adolescent. Au lieu de réagir à partir de la partie de nous la plus activée, nous sommes plus enclins à répondre depuis l’espace plus stable de l’énergie du Self, où la perspective est plus large et où nous disposons de plus de ressources. Depuis cet espace, un parent peut fixer des limites sans que la situation ne dégénère, rester en lien sans s’effondrer, et écouter sans chercher immédiatement à régler le problème ou à se défendre. Le ton de la relation change, même si les circonstances ne changent pas immédiatement.
C’est en partie ce que j’entends par « étayer », « guider », « faire office de passeur » et « faire compagnonnage » avec des adolescents (voir article). Ces derniers ont besoin d’un accompagnement et d’une structure, mais ils ont également besoin d’un environnement relationnel où leurs propres tempêtes de développement ne se heurtent pas constamment à des tempêtes tout aussi intenses chez les adultes qui les entourent. Lorsque les parents sont capables de reconnaître et d’entrer en relation avec leurs propres parties intérieures, ils deviennent plus à même d’offrir cette présence plus stable. Pas une présence parfaite — mais une présence suffisamment stable.
Et souvent, c’est ce dont un adolescent a le plus besoin : non pas une réponse parfaite, mais une réponse régulée.
Les changements positifs dans la relation entre le parent et l’adolescent
Au fil du temps, ce travail modifie la texture de la relation. Non pas parce que les adolescents cessent d’être des adolescents, ni parce que les parents ne se laissent plus jamais emporter, mais parce qu’il y a une plus grande prise de conscience de ce qui se passe sous la surface, des deux côtés. Les moments de déconnexion deviennent moins définitifs, moins déterminants. La réparation devient plus possible.
La prise de conscience des différentes parties — tant chez le parent que chez l’adolescent —, associée à la capacité de créer un espace intérieur et d’accéder à l’énergie du Self, peut apporter au parent un profond sentiment d’ »empouvoirement » (empowerment) et a souvent un effet régulateur sur le plan émotionnel en soi. Le parent et l’adolescent ont alors souvent de plus en plus le sentiment qu’ils ne se contentent pas de réagir l’un à l’autre, mais qu’ils apprennent à maintenir la relation malgré la complexité.
C’est pourquoi j’utilise le mot sacré pour désigner l’éducation des adolescents. Ce n’est pas sacré parce que c’est facile ou idéalisé, mais parce que cela demande aux parents de rester présents au milieu de l’incertitude, de revenir sans cesse à la connexion même après une rupture, et d’accomplir le travail intérieur continu nécessaire pour aller à la rencontre de leur enfant sans se perdre eux-mêmes. En ce sens, le coaching parental ne consiste pas à devenir un parent parfait. Il s’agit d’accompagner les parents pour qu’ils deviennent plus complets, plus conscients et plus aptes à maintenir une relation tant avec leur adolescent qu’avec eux-mêmes.