Getting Our Adolescents to True Adulthood.
Traduction : Nathalie Vandebeulque & Jean-Rémi Deléage
Permettez-moi de commencer par établir une distinction entre l’âge adulte chronologique et la véritable vie d’adulte. Le psychologue des profondeurs Bill Plotkin écrit :
Le simple fait de vieillir ne suffit pas à nous faire mûrir psychologiquement. L’adolescence ne se limite en rien à nos années d’adolescence. Et l’âge adulte ne peut être défini de manière pertinente par ce qui se passe dans la vingtaine ou lorsque l’on assume certaines responsabilités, telles que conserver un emploi, atteindre l’indépendance financière ou fonder une famille. Au contraire, un adulte est quelqu’un qui comprend pourquoi [il] est ici sur Terre, pourquoi [il] est né, et qui apporte [sa] contribution unique au monde au-delà de l’humain.
Voici quelques indicateurs permettant de déterminer si une personne est déjà un véritable adulte ou en bonne voie de le devenir :
- le courage d’affronter ses aspects sombres, tels que la cupidité, la soif de pouvoir ou le narcissisme ;
- la capacité à faire des choix pour le bien des autres et du monde au-delà de l’humain ;
- la capacité à répondre aux situations plutôt qu’à y réagir, autrement dit, à faire preuve de responsabilité ;
- la capacité à différer la gratification et à faire des sacrifices significatifs ;
- le sentiment que sa vie s’inscrit dans quelque chose de bien plus grand qu’elle-même ;
- le courage de suivre sa vocation même si cela implique l’ostracisme ;
- élargit ses perspectives grâce à davantage d’informations et d’expérience ;
- n’a pas peur de penser de manière critique ;
- est conscient de ses émotions dysrégulées et y est réceptif.
Atteindre la véritable maturité comporte des défis. Pour certains, en particulier ceux qui ont subi un traumatisme relationnel complexe durant l’enfance, développer ces capacités peut s’avérer difficile, mais pas impossible. Et dans notre culture actuelle, que Plotkin qualifie de « patho-adolescente* », il est difficile de rester sur la voie menant à une maturité profonde ; les tentations sont nombreuses et le soutien nécessaire à ce travail n’est pas accessible à beaucoup. Mais, encore une fois, ce n’est pas impossible.
Vous m’avez sans doute déjà entendu dire qu’en tant que professionnels accompagnant les adolescents, nous sommes chargés de la mission sacrée consistant à accompagner l’adolescence de nos jeunes, leur cheminement vers l’âge adulte. Ce faisant, Nous devons aussi prendre soin de notre propre processus continu de maturation. D’après mon expérience, c’est le travail de toute une vie.
Quatre façons de les aider à y parvenir – ou du moins à bien s’engager sur cette voie !
Guidance
Lorsque nous guidons nos adolescents, notre soutien est plus directif. Nous leur enseignons, les conseillons, leur faisons des suggestions, les informons et les accompagnons. Nous collaborons avec eux, les invitons à résoudre des problèmes avec nous. Nous leur faisons savoir : « Je suis déjà passé par là, et voici ce que j’en sais. »
Un parent joue le rôle de guide lorsqu’il dit : « Tu devrais peut-être porter d’autres chaussures pour ton premier jour de travail. Et une chemise plus soignée. D’après mon expérience, les employeurs veulent que leurs employés aient une allure plus professionnelle. »
Un enseignant joue le rôle de guide lorsqu’il dit : « Mon conseil est que tu te donnes suffisamment de temps pour terminer ce devoir. Mes anciens élèves m’ont dit qu’ils auraient aimé s’y prendre plus tôt. »
Un thérapeute joue le rôle de guide lorsqu’il dit : « C’est difficile de parler à tes parents de sujets délicats. Voyons ensemble quelques façons dont tu pourrais t’y prendre. »
J’ai constaté que c’est la manière typique dont les adultes communiquent avec les adolescents. C’est probablement la moins efficace car elle peut rapidement devenir dévalorisante. Cependant, dans de bonnes circonstances et lorsqu’elle est utilisée avec modération, c’est un rôle nécessaire que nous jouons à leur égard.
Étayage (Scaffolding)
Fournir un étayage est l’une des stratégies que je recommande le plus souvent. Pour mettre en place un étayage, nous offrons un soutien temporaire. Nous identifions les domaines où ils échouent, évaluons les raisons, puis ajustons le niveau de soutien en conséquence afin qu’ils soient en mesure d’apprendre en toute sécurité les leçons difficiles de la vie. Cela peut être difficile pour ceux qui veulent empêcher les adolescents de commettre les erreurs nécessaires, d’échouer suffisamment ou d’éprouver la frustration nécessaire pour tirer les leçons de leurs choix.
Toute transition majeure nécessitera davantage d’étayage : un nouvel emploi, un nouveau poste ou de nouveaux horaires au sein du même emploi ; une nouvelle école, par exemple le passage du collège au lycée ou du lycée à l’université ; le retour à l’école après le confinement lié au COVID ; une perturbation au sein du système familial telle qu’une séparation, un divorce, une maladie ou un décès.
Lorsque nous constatons que l’enfant connaît plus de réussites que d’échecs, il est temps de retirer une partie de cet étayage, de lui faire savoir que nous lui faisons confiance, qu’il a la capacité de répondre aux exigences avec moins de soutien de notre part. Son niveau de responsabilité passe alors à la vitesse supérieure. Il y a de la marge pour échouer et patauger juste ce qu’il faut pour qu’il puisse ensuite intégrer les compétences qu’il a déjà acquises.
Faire office de passeur (Ushering)
L’étymologie du mot anglais « usher » désigne un gardien de porte, celui qui accueille au seuil. En tant qu’adultes incarnant la véritable maturité pour les jeunes que nous accompagnons, nous nous tenons à un seuil important, pour eux et à leurs côtés. « Par ici », disons-nous, « c’est par là que tu entres ». Pour moi, faire office de passeur consiste à maintenir activement un espace pour l’adolescent tandis qu’il accomplit son travail développemental et archétypal de devenir.
faire office de passeur relève davantage du travail intérieur que nous menons en tant qu’accompagnants des adolescents. Pour faire franchir à nos jeunes le seuil de l’âge adulte, nous devons travailler sans relâche sur nos propres parties : celles qui nous poussent à ressentir de la peur et de l’inquiétude pour eux ; à vouloir les contrôler, ou contrôler les résultats ; à les empêcher de commettre les mêmes erreurs que nous ; à les préserver de la souffrance ; à veiller à ce qu’ils nous reflètent sous un jour favorable ; etc. Lorsque nous faisons office de passeur auprès de nos adolescents, nous mesurons davantage nos propres réponses et réactions que les leurs. Nous leur tenons cette porte ouverte vers l’âge adulte avec grâce, courage, compassion et confiance.
Faire compagnonnage (Compagnioning)
Pour de nombreux adultes, en particulier ceux qui occupent des positions d’autorité, cela peut être l’une des façons les plus difficiles de conduire nos adolescents vers l’âge adulte. Cependant, cela peut être l’une des voies les plus profondes et les plus puissantes, pour nous, pour eux, et pour la relation. Lorsque nous faisons compagnonnage avec nos enfants pendant leur adolescence, nous nous positionnons nous-mêmes comme étant également sur le chemin. Nous n’en savons pas plus qu’eux. Nous nous aventurons dans ces zones d’incertitude et d’inconfort — pour eux et pour nous. Nous ne cherchons pas à imposer des réponses, mais restons ouverts aux possibles, à la perplexité et à la quête. Nous devenons des « Vagabonds sans Attache » (Shiftless Wanderer) à leurs côtés.
D’une certaine manière, nous avons franchi le seuil avec eux, mais nous le faisons en véritables adultes accompagnant non seulement l’adolescent à nos côtés, mais aussi l’Adolescent en nous. L’adolescent intérieur comme l’adolescent extérieur ont besoin de notre énergie de Self pour nous mener tous deux vers la véritable maturité. En tant que professionnels accompagnant des adolescents, on nous offre d’innombrables occasions d’être avec notre parts d’Adolescent intérieur, et les adolescents que nous servons s’en trouvent toujours mieux.
En conclusion
En tant qu’accompagnants des adolescents, notre travail est crucial pour aider nos jeunes à franchir le seuil situé à l’autre bout de leur adolescence. Nous ne pouvons sous-estimer la valeur de notre présence dans leur vie – que nous soyons un étai, un guide, un passeur, ou un compagnon.
*Patho-adolescence (source) : Une version pathologique du Conformisme et de la Rébellion ; souvent une vie centrée sur la cupidité, l’égocentrisme, la honte, l’addiction, et, pour certains, la violence ; l’effet qu’une société égocentrique inflige à beaucoup de ses citoyens ; état non normal pour les êtres humains.